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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 18:32
Auto thérapie pédestre

Quelques considérations très rapides sur mon dernier périple, en mai 2016, sur le Chemin du Portugal - un périple de 400 kilomètres entre Porto et Fisterra en passant par Saint Jacques de Compostelle.

Cette longue marche ne fut pas vraiment simple pour moi : travaillé par de fortes douleurs dentaires au moment du départ, mal en point physiquement et psychiquement, il s’en fallut de peu que je n’annule ce voyage tant je me sentais handicapé dans la perspective de cet exercice exigeant. Mais la magie a de nouveau opéré, d'autant plus puissante que, du fond de l'enfer, j'ai eu le sentiment de véritablement revenir à la vie. Une vraie petite renaissance, avec ce sentiment très particulier du pèlerin (que j'ai déjà décrit), quand l'intensification de la puissance du corps exultant devient joie véritable de la présence !

J'ai déjà développé dans des articles précédents les dimensions philosophiques de cette activité (Phénoménologie du corps marchant, Aurore...) ; mais, dans le contexte très pénible de cette dernière randonnée, c'est donc plus ses vertus thérapeutiques qui m'ont particulièrement frappé ; et cela dans la mesure où les douleurs névralgiques, mais aussi la mauvaise fatigue liée aux antidouleurs et aux antibiotiques ont rapidement disparu pour faire place à un sentiment de quiétude et de sérénité.

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Une fois de plus le pouvoir régénérateur de ce geste simple et si profondément humain - la marche - m'a donc émerveillé. Mais cette sensation, qui peut aller du simple mieux être jusqu'à ce que j'appelle une expérience-source d'évolution existentielle, est soumise à certaines conditions. Des recherches scientifiques anglaises (université de British Columbia) et américaines (une récente étude publiée dans les comptes rendus de l’Académie américaine des sciences) montrent ainsi que les randonnées réduisent le stress, l’anxiété, boostent la confiance en soi, et libèrent de l’endorphine. Plus précisément, des études indiquent que des personnes ayant marché pendant au moins 90 minutes dans un milieu naturel présentaient moins de pensées négatives et une activité neuronale réduite dans le cortex préfrontal (zone du cerveau relative aux maladies mentales).

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Cependant, pour les personnes qui ont marché dans un milieu urbain, aucune baisse de pensées négatives n’a été constatée. De fait, comme j'ai pu en faire l'expérience moi-même, autant la marche de longue haleine du type pèlerinage ou randonnée en montagne sur plusieurs jours est bien souvent source de modifications énergétiques positives, autant la déambulation citadine (chère à Baudelaire) peut alimenter des tendances mélancoliques, qu'elles prennent une dimension romantique ou non.

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Autrement dit, il ne saurait y avoir automaticité entre marche et effets thérapeutiques. D'une part, il convient sans doute d'envisager une marche de longue distance, de plusieurs jours, voire plusieurs semaines, à raison d'un minimum de 20 kms par jour, dans un environnement aussi naturel que possible, bien entendu. Mais, au-delà de cette quantification toute relative, il me semble aussi qu'il est préférable d'en faire un exercice solitaire, ou tout du moins d'éviter les groupes.

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Dans ces condition, l'exercice peut devenir une source inépuisable de (auto) thérapie à divers niveaux : libération d'endorphine, diminution des pensée négative, mais aussi formidable moyen de lutte contre les tendances dépressives : nous le savons en effet - surtout quand on travaille dans le milieu du soin - bien des difficultés psychiques qui se traduisent par des comportements souffrants et coûteux pour le sujet et son entourage (addictions à un produit, un comportement, une relation, etc.) sont liées à l'incapacité d'être seul. Or, la marche de longue durée dans les conditions décrites est propice à l'acceptation de cette condition, voire à la découverte d'une véritable joie de la solitude.

Plus loin, c'est sans doute à partir de ce type de processus de subjectivation et d'autonomisation, sur la base de cette évolution existentielle vers l'assomption de l'essentielle solitude, qu'une relation plus authentique à l'autre peut s'établir. En effet, cette relation devient alors moins conditionnée par l'angoisse de la solitude, et le sujet risque donc beaucoup moins de transformer cet autre en objet pour combler son manque.

Auto thérapie pédestre

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