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7 juin 2016 2 07 /06 /juin /2016 14:43
120 pages, 14 euro
120 pages, 14 euro

Après Le réel insensé, ouvrage où il mettait en évidence un certain nombre de concepts essentiels de la pensée de Lacan, Nicolas Floury publie De l'usage addictif : une ontologie du sujet toxicomane. Le lecteur de ce blog trouvera, après de rapides considérations personnelles sur le travail de Nicolas Floury, quelques extraits de l'avant-propos, un passage de la belle préface d'un philosophe important de la nouvelle génération, Mehdi Belhaj Kacem, et la 4ème de couverture du livre.

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En ce qui me concerne, j'insisterai rapidement sur quelques points qui touchent aussi bien au fond qu'à la forme : tout d'abord, ce livre fait évènement, comme le dit le préfacier, au sens où il s'agit sans doute pour la première fois d'une approche réellement philosophique, une véritable ontologie construite selon une axiomatique rigoureuse. En effet, la toxicomanie est ici renvoyée à l'être du sujet, à une "insondable décision de l'être". Paradoxalement, le toxicomane est celui qui, bien que s'aliénant à un produit (ou un comportement), cherche d'abord à travers les affres qu'il affronte, à s'émanciper de l'aliénation originaire au langage. Certes, c'est une voie coûteuse, s'il en est. Je note d'ailleurs sur ce point un parallèle intéressant entre la thèse de N. Floury et les considérations actuelles plus empiriques des addictologues, qui considèrent que la consommation est une première tentative de résilience - coûteuse, certes, qui finit par se retourner en son contraire, et donc par échouer.

Ensuite, sur la forme, dans ce livre la rigueur et la clarté du propos sont très appréciables. Voici un lacanien qui, depuis Le réel insensé, ne cède pas à la facilité qui consiste à considérer l'incompréhensibilité comme un gage de qualité : par mimétisme, peut-être pour avoir l'air d'être en intelligence avec les dernières positions du Maître qui se rapprochaient des paradoxes zen, nombre de textes d'obédience lacanienne sont délibérément obscurs. Contrairement à cette tendance, dans l'Essai du philosophe N. Floury, que l'on adhère ou non à la thèse, les démonstrations sont claires, elles fonctionnent de façon axiomatique, et donc rigoureuse.

Enfin, plus largement, une lecture attentive de ses différents travaux (livres, textes de conférence, etc.) indiquent que, loin du battage médiatique, nous sommes en présence d'un jeune philosophe qui creuse tranquillement son propre sillon et dont la pensée s'inscrit dans la durée.

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Extrait de l'Avant-propos : « (...) Que veut en effet le toxicomane, si ce n’est à tout prix annihiler en lui toute trace de sujet ? La nature de l’objet consommé, tant qu’il permet sa désubjectivation, n’a donc presque aucune importance. Nous l’établirons, la notion de quantité, de même, n’entre pas en jeu lorsqu’il s’agit d’addiction. Ce ne seront donc pas ici les manières de consommer : la nature du produit, sa posologie, sa fréquence d’administration, qui seront prises en compte. Ce qui nous importera c’est l’être du sujet toxicomane.

La toxicomanie, selon nous, est tout sauf une maladie. Il s’agit bien plutôt d’une insondable décision de l’être. Pourquoi alors ce choix, puisqu’il semble mener droit dans les affres ? Nous pensons qu’il s’agit, pour le toxicomane, de tenter un sevrage. « Parler c’est mentir » est l’adage de ce sujet qui ne veut plus ni mensonges ni semblants – il en aurait trop souffert. Intoxiqué plus que tout autre par le verbe, son but est de s’en désintoxiquer. Il tente de le faire, paradoxalement, par un usage compulsif de drogues.

S’il y a compulsion, il y a répétition. C’est par la répétition que l’on accède au langage, ou plutôt que le langage a prise originairement sur nous. Eh bien, se dit le sujet toxicomane, c’est par celle-ci que l’on en sortira. Non plus répéter indéfiniment la jouissance, mais parvenir à jouir de la répétition afin de sortir du langage : tel est son projet.

Dans ce petit essai philosophique l’enjeu est de rendre cet axiome du sujet toxicomane – avec quelques-unes de ses conséquences – cristallin. » (N. F.)

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Extrait de la Préface de Mehdi Belhaj Kacem : « (...) Si donc le sujet toxico constitue, aujourd'hui encore, une telle provocation à la société, c'est que c'est toute la société humaine, sans aucune exception culturelle, qui est fondée sur l'addiction. (...) Saluons cet événement du premier texte philosophique de référence sur la question de l'addiction, qui est bien réellement à la toxicomanie ce que le Traité du désespoir fut à l'angoisse. »

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4è de couverture : Ce livre retrace le parcours d'un individu qui devient un addict, individu de plus en plus en affinité avec notre époque où la parole semble se raréfier au profit exclusif de la jouissance des corps. La question est de savoir comment on devient toxicomane. Comment en effet catégoriser l'être d'un tel sujet ?

Le toxicomane recherche peut-être plus que tout autre le bonheur, mais il se fourvoie sur les chemins tortueux et qui ne mènent nulle part, de la répétition des satisfactions. L'addiction est toujours, nécessairement, une aliénation. Pourquoi le sujet toxicomane décide-t-il alors de s'engager dans une telle voie ? Une voie qui bien souvent n'a d autre issue que la mort. En acceptant un tel risque, de quoi veut-il à ce point se séparer ?

L'auteur développe dans ce livre une thèse étonnante : pour le toxicomane, il ne s'agit, ni plus ni moins, que de parvenir à se libérer de l'aliénation originaire, notre aliénation au langage. Uniquement attentif à la dimension aliénante du verbe, le toxicomane ignore toutefois sa dimension libératrice, liée à toute civilisation véritable. N y aurait-il pas en effet une possibilité de rémission pour le sujet addict ? Une rédemption à trouver du côté de la culture, de son formidable potentiel de recomposition de l'humain ?

C'est pour répondre à ces questions que l'auteur propose ici une ontologie du sujet toxicomane bien éloignée de la doxa et des discours actuels sur les addictions et les toxicomanes.

Bonnard, L'homme et la femme : "Il n'y a pas de rapport sexuel" (Lacan)

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