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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 11:27
Aller vers le Comanche en soi

Une petite ribambelle de bons films dans les salles en cette rentrée 2016/17. Quatre d'entre eux, plus particulièrement, dans des registres et des styles très différents.

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Pour ceux qui appréciaient en son temps l'humour noir de Bertrand Blier - celui de Buffet froid par exemple - je recommande Un petit boulot de Jacques Chaumeil. Dans une petite ville du Nord sinistrée par un licenciement boursier, Jacques (Romain Duris), chômeur, abandonné par sa copine, végète sans aucune perspective. Le truand local (incarné par Michel Blanc) lui propose de devenir tueur à gages en commençant par tuer sa femme. A la brutalité du licenciement économique et des situations de détresse qu'il provoque, répond une forme de cynisme des protagonistes, dont on sent bien que les formes extrêmes deviennent jouissives pour les acteurs (et le spectateur).

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Dans un registre très différent, Le fils de Jean de Philippe Lioret. Film très sensible, à la fois simple et tout en délicatesse, sur le thème de la quête du père et du secret de famille. Jean, incarné par Pierre Deladonchamps, part au Canada pour les obsèques d'un père qu'il n'a jamais connu. Il est accueilli à Montréal par le meilleur ami de ce père, incarné par Gabriel Arcamp, dont la sobriété du jeu n'a d'égal que l'extraordinaire présence.

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Avec Infiltrator de Braf Furman on est plus dans la grosse machinerie hollywoodienne. Les fans de Breaking bad ne peuvent décemment pas rater cette histoire vraie d'infiltration du réseau de Pablo Escobar par un agent de la CIA, incarné par Brian Scanton, dont le jeu tourmenté rappelle sans conteste la série. C'est bien fait, efficace, spectaculaire, délirant souvent, émouvant parfois, et plein de suspense.

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Mais le vrai petit bijou de cette rentrée est à mon avis Comancheria de David Mackenzie. Le film vaut d'abord par son style et son atmosphère - entre les frères Coen et Bagdad café -, faite de paysages désertiques, de couchers de soleil aussi brutaux et incendiaires que le Texas profond où se situe l'action. Style qui est d'ailleurs renforcé par les personnages dont les réparties laconiques constituent un véritable régal. A cet égard, le jeu des acteurs, en osmose parfaite avec ce paysage texan, est formidable - avec une mention toute particulière pour Jeff Bridge en Texas ranger vieillissant, cynique et revenu de tout.

Sans doute faut-il aussi prendre en compte une mise en scène très particulière que décrypteraient mieux que moi les spécialistes du cinéma, et qui a valu au film une palme à Cannes dans la catégorie Un certain regard.

Toutefois, au-delà des considérations purement cinématographiques techniques, c'est à mon sens la façon de perpétuer en la renouvelant la mythologie américaine de l'Ouest qui constitue le tour de force de ce film. Comment changer les choses, les adapter aux circonstances socio-historiques, pour qu'au final rien ne change ? Sur fond de crise des subprimes (et on retrouve le contexte du Petit boulot au sens où, là aussi, ce sont moins des considérations morales qui font loi qu'une certaine éthique, voire une esthétique) ce sont les mythes de la frontière, de la progression vers l'Ouest, qui reviennent encore une fois. En effet, le parcours de ces deux frères qui se lancent dans une épopée ponctuée d'attaques contre les banques qui ont ruiné leur famille illustre encore et toujours cette mythologie fondatrice.

Film dur et métallique à bien des égards, nous avons certes à faire à un polar, mais qui s'assimile plutôt à un western moderne dans lequel apparaît encore une fois de façon moderne mais significative l'idée de la frontière initiatique, de l'avènement de l'indien en soi-même (Danse avec les loups), de la transformation en Comanche, c'est-à-dire en guerrier.

Aller vers le Comanche en soi

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