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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 19:26

 

Actuphilo

 

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Pour une critique digne de ce nom

Autour du livre de M. Onfray

 

Le texte qui suit est motivé par un agacement concernant le bruit fait autour du livre de M. Onfray, Le crépuscule d’une idole, et il tend globalement à s’élever contre la démarche de cet auteur.

Cependant, et de façon apparemment paradoxale, ce n’est pas au nom d’une défense de la psychanalyse que j’écris ici, mais bien plutôt au nom d’une critique non caricaturale de celle-ci - laquelle risque bien de passer à la trappe si l’on en reste au brouhaha actuel, aux arguments, au grondement soulevés dans les média par et autour de l’auteur de ce livre (j’ai en même temps conscience d’y participer). Tout se passe en effet comme si cette polémique médiocre, de même que celle liée au Livre noir, était destinée à scléroser un peu plus des postures antagonistes, sans qu’il devienne possible – si ce n’est d’envisager un dialogue constructif - du moins d’aborder la question de façon plus complexe et de procéder à des critiques plus fines de cette discipline.

Autrement dit, il s’agit ici de réfuter M. Onfray certes, mais de façon dialectique, de telle sorte que cette réfutation devienne un moment destiné à favoriser une critique digne de ce nom, l'émergence d'un débat de qualité autour des problèmes posés par la psychanalyse.

 

Je commencerai par préciser trois choses : 1 – je n’ai pas lu ce livre de M. Onfray, mais j’ai lu son Traité d’athéologie, son Manuel d’anti philosophie, et j’ai écouté ses cours de l’Université populaire sur France culture ; 2 – je considère que je suis néanmoins autorisé à me référer à ses propres propos réitérés sur ce livre et à ses précédents ouvrages pour me faire une opinion ; 3 - je ne suis pas un défenseur de la psychanalyse, et je n’ai rien contre l’idée d’une critique. Sur le plan professionnel, cette approche m’a toujours semblé insuffisante, et surtout inadaptée aux problématiques de mon secteur d’activités (les addictions). Sur un plan personnel, les quelques tentatives que j’ai faites ont été inefficaces ; non pas que je n’avais pas besoin d’une aide - j’ai aussi mes périodes dépressives. Mais, ces quelques séances m’ont semblées stériles, et, finalement, mes problèmes ont toujours trouvé leur résolution dans ce que j’appelle des expériences-source d’évolution existentielle – un pèlerinage, un voyage, un investissement humanitaire, l’écriture, la découverte d’une pensée, une satisfaction professionnelle, une mise au point, bref, un franchissement de cap quelconque. Je considère simplement qu’une démarche de vérité sur soi-même ne requiert pas nécessairement un cadre analytique. Il est plus simplement des circonstances de la vie qui s’y prêtent fondamentalement, comme le montre Sartre quand il déclare en 1944 dans  La République du silence, à propos de la période de l’occupation allemande :

 

« …nous étions au bord de la connaissance la plus profonde que l’homme peut avoir de lui-même. Car le secret d’un homme, ce n’est pas son complexe d’Oedipe ou d’infériorité, c’est la limite même de la liberté, c’est son pouvoir de résistance aux supplices et à la mort ».

 

Ceci étant dit, je ne prétends pas universaliser mon expérience personnelle, et je reconnais bien volontiers que la démarche psychanalytique est utile à certains.  Je reconnais aussi la complémentarité de la psychanalyse, surtout dans la mesure où elle se caractérise pour moi aussi bien par sa finesse que par sa formidable puissance d’analyse justement, et donc par une grande compétence en termes étiologiques. Je dois aussi dire que, au cas par cas, un bon nombre de psychanalystes se signalent par leur qualité d’écoute de l’autre, une attention à la singularité, en bref, une grande humanité – toutes attitudes qui se traduisent par un code éthique rigoureux.

 

Concernant l’œuvre de M. Onfray, je n’ai donc pas lu le Crépuscule, mais, compte tenu de ce qui ressort de ses propres propos médiatiques, et du titre qu’il a choisi de donner à cet ouvrage, il semble que M. Onfray veuille se situer dans le sillage de Nietzsche, comme pour le Traité d’athéologie. Malheureusement, il est à craindre que Le crépuscule soit du même niveau que ce livre, qui est à mon sens une charge sans aucune subtilité contre la religion : du mauvais, ou du sous-Nietzsche, tout simplement. Chez Nietzsche, le marteau du philosophe ne sert pas uniquement à détruire ; c’est aussi un instrument délicat ayant pour fonction de sonder les idoles, pour voir si cela sonne creux ou vide.

Quant aux cours de l’Université populaire, c’est une initiative sympathique, certes. De par mon itinéraire personnel d’étudiant tardif, et du fait que j’enseigne la philosophie à des étudiants en travail social, je ne saurais m’élever contre l’idée de transmettre la philosophie hors du cénacle universitaire. En outre, les cours de M. Onfray sont agréables, le discours est fluide, et il est manifestement à l’aise avec son sujet. En l’écoutant, on apprend nombre de choses sur les figures oubliées de la philosophie ; mais, le moins que l’on puisse dire, c’est que le niveau conceptuel de l’ensemble est très médiocre. Proudhon ou Bakounine sont certainement intéressants du point de vue historico politique, ils le sont moins sur le plan conceptuel. Par ailleurs, les figures mises en avant par M. Onfray sont plus ou moins maudites et rejetées par l’Académie, soit ; mais il suffit d’avoir suivi les cours de Francine Markovits à Paris X pour savoir que l’idée selon laquelle il y aurait là des philosophes étudiés pour la première fois est tout simplement fausse.

 

 

Il me semble de plus en plus que l’on a à faire à une sorte de néo sophisme, au sens où c’est ici la communication, la posture, qui est privilégiée. Le coup d’éclat permanent. Ce qui ne serait pas un problème grave, s’il ne s’agissait pas en même temps d’une forme particulière de démagogie consistant à flatter des pulsions paresseuses et destructrices. Il faut bien reconnaître en effet que l’idée de destruction d’idoles est assez jouissive. S’ajoute à cela l’idée anti élite selon laquelle ce qui est enseigné en faculté est une affaire d’universitaires repliés sur eux-mêmes. Ce qui n’est pas entièrement faux d’ailleurs, mais ce point de vue tend surtout à flatter le profane en lui donnant à bon compte le sentiment de pouvoir pratiquer la philosophie, sans avoir réellement besoin de produire un effort d’intégration des concepts.

Il adopte en outre, là aussi à peu de frais, la pose du révolutionnaire, de celui qui s’inscrit contre une supposée « bien pensance » bourgeoise ; mais, en fait, quoi de plus facile et évident, en France aujourd’hui (sans doute le pays le moins religieux du monde), que d’adopter des postures anti cléricales et anti religieuses. On est sûr de faire du bruit et d’entraîner du monde dans son sillage. Mais surtout, le problème c’est que c’est caricatural et faible conceptuellement. A cet égard, tant qu’à lire ou écouter un philosophe révolutionnaire, il vaut mieux encore se tourner vers A. Badiou (qui, lui, fuit les débats médiatiques), dont l’œuvre est d’une puissance conceptuelle d’une importante sans commune mesure avec celle de M. Onfray – même s’il ne fait pas partie de ma « famille » philosophique.

 

Dans cet ordre d’idées, la charge de M. Onfray contre la psychanalyse s’effectue malheureusement à partir d’arguments situés globalement au-dessous de la ceinture, même s’ils sont avérés historiquement : considérer par exemple que la théorie freudienne est remise fondamentalement en question parce que Freud – humain, trop humain – n’aurait pas réussi, contrairement à son vœu et à ses dires, à rester sexuellement abstinent, ayant eu des relations adultères avec sa belle sœur, me semble être un argument de bas étage, un peu léger quoi qu’il en soit. Freud ayant fait de cette abstinence une condition de son travail d’élaboration théorique, son échec dans ce domaine de sa sexualité personnelle condamnerait l’ensemble de la théorie ! On croit rêver ! Si tout le livre est du même tonneau, émaillé d’attaques plus ou moins ad hominem, on se situe à un niveau très faible de la critique anti freudienne - celle (pas nouvelle du tout, contrairement à ce que dit M. Onfray) consistant à considérer que la psychanalyse ne concerne que le bourgeois viennois du début du 20ème siècle. Ou encore, sous sa forme plus moderne, celle affirmant que Freud n’a fait qu’extrapoler sa problématique personnelle. Certes, il peut arriver à tout un chacun d’utiliser ce type d’arguments, au quotidien, en cas d’énervement « contre les psy », sachant que cela ne va pas loin. Mais de là à ériger ce sentiment en théorie digne de ce nom, il y a une marge !

L’idée – présentée comme une grande trouvaille – selon laquelle une philosophie est l’expression d’un tempérament idiosyncrasique est, quant à elle, connue depuis Schopenhauer au moins, puis Nietzsche, et même W. James (Dans Les variétés de l’expérience religieuse) qui la systématise avec son échelle de pensées correspondant à des tempéraments. Quoi qu’il en soit, qu’une philosophie corresponde à un tempérament, on ne voit pas en quoi cela devrait l’invalider. Ou alors, cela devrait être le cas pour toute pensée.

Freud, quoi qu’on en dise, et quels que soient par ailleurs ses turpitudes, fait partie de ces grands penseurs, héros de l’esprit, qui, contre vents et marées, dans un contexte extrêmement difficile, ont persévéré dans leur intuition et l’élaboration de leur pensée. Comme d’autres grands (Hegel, Platon, Spinoza, et j’en passe), il fait partie de ces grandes figures que l’on aime ou que l’on rejette, qui agacent ou qui éblouissent, dont on s’éloigne ou dont on se rapproche, mais qui sont incontournables en ce qu’elles ont marqué la pensée occidentale.

 

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De même, il convient d’être prudent avec les accusations de dogmatisme que l’on peut faire plus généralement aux héritiers de Freud, c'est-à-dire à la psychanalyse comme discipline instituée. Certes, il existe un socle de référence, le minimum requis afin d’établir un langage commun, et sans doutes aussi des orthodoxes. Mais, comme l’écrit Lacan (Les écrits techniques de Freud, 1975),

 

"La pensée de Freud est la plus perpétuellement ouverte à la révision. C’est une erreur de la réduire à des mots usés. Chaque notion y possède sa vie propre ».

 

Chaque Ecole de praticiens se l’approprie à sa manière et tend à l’adapter en fonction de l’évolution de la société, des problématiques des patients, etc.

En outre, je ne vois pas ce qui autoriserait à rayer d’un trait de plume le labeur acharné d’élaboration conceptuelle et l’accumulation de savoir de plusieurs générations de chercheurs dans le domaine de l’inconscient.

 

Il faut commencer par ce type de postulats à mon sens si l’on veut aborder les choses avec toute la complexité nécessaire, si l’on souhaite qu’une critique dépasse les faibles arguments de la polémique actuelle, et qu’elle ait une chance de toucher juste, d’être prise au sérieux. Dans le chapitre 4 de mon livre sur Les groupes d’entraide (voir catégorie de ce blog correspondante), j’effectue un certain nombre de critiques – philosophiques, thérapeutiques, politiques – de la psychanalyse. Je ne peux les reprendre toutes ici, ni les développer réellement.

Voyons en cependant quelques unes dont je m’efforce d’extraire la substance : d’abord celle touchant au paradigme familialiste. La démarche psychanalytique est orientée par les tropismes pré oedipien ou|et oedipien. Dès lors, le mouvement immanent du désir tend à être systématiquement rabattu sur ce type d’instances « familiales » - les imagos paternelles ou maternelles, la Loi, la castration. Rien de bien original, c’est la critique deleuzienne : plaquées sur l’expérience, ces entités de la psychanalyse risquent de circonscrire la réalité phénoménale a priori, sans lui laisser sa chance de rendre compte d’elle-même, d’exprimer son potentiel ou son effectivité causale. Tout se passe comme si l’expérience, dans sa fécondité créatrice, dans sa «permanente profusion d’inépuisable nouveauté » comme disait Bergson, était en quelque manière annulée, ou tout du moins amputée.

Dans cet ordre d’idées, la notion « d’événement » est quasiment évincée dans le freudisme. C’est encore plus manifeste à partir de L’homme aux loups où, du fait de l’importance conférée à l’aspect fantasmatique du trauma, sa dimension événementielle passe inévitablement au second plan. D’ailleurs, un phénomène plus ou moins analogue se produit au niveau du langage : ce que l’on dit tend à devenir secondaire ; on ne dit jamais vraiment ce que l’on dit, puisque ce qui compte finalement, c’est le dire dans le dit. La perspective psychanalytique donne le sentiment que les traumatismes de la vie d’un individu sont systématiquement renvoyés à une problématique de la formation originaire, - angoisse de morcellement ou mère dévoratrice (Anzieu), défaut de holding maternel (Winnicott), manque d’élaboration de la position dépressive infantile (Klein), etc. - sans que soient pris en compte les autres facteurs tels que les contingences factuelles, les événements, les interactions sociales, etc. L’ironie de l’histoire, c’est que la focalisation sur le fantasme relève peut-être bien de la crainte du réel, du déni de réalité. Comme l’écrit R. Girard (2008) :

 

 « Pour ne voir, sans doute, ni les choses terribles qui se passent autour de nous ni la protection, peut-être temporaire, dont nous jouissons, une école importante a décidé de tout expliquer par le fantasme » (Le bouc émissaire, p. 250. Il va de soit, comme la suite du texte l’atteste, qu’il s’agit de l’école psychanalytique).

 

En bref, pour employer le langage psychanalytique, les processus primaires tendent systématiquement à éclipser les processus secondaires, comme si les seuls « organisateurs » possibles devaient être, in fine, psychologiques.

Autre critique : la psychanalyse tend systématiquement à se référer à l’histoire du sujet et à se focaliser sur la question de ses origines. Même s’il est vrai que l’histoire n’est pas forcément le passé et que l’origine peut être perçue, non comme une origine historique, mais comme une source. A cet égard, on est en droit de se demander si la référence au passé, aux origines, est la seule à être féconde sur le plan du changement thérapeutique ; si la « compréhension » - ou la reconnaissance – des traumatismes originaires suffit à ne pas reproduire un comportement compulsif. Dans la pratique, nous pouvons nous rendre compte que cette conception d’une compréhension auto salvatrice est en partie utopique, nombre d’individus ayant parfaitement intégré les mécanismes qui les animent, sans pour autant être empêchés de les reproduire (a fortiori dans le domaine des addictions). Il est vrai que le psychanalyste est censé aider son patient à élaborer de façon différente ce qui fait jouissance morbide, mais il n’est pas évident que cette approche régressive soit très féconde en termes de puissance de vie, de capacité au changement par rapport à une situation génératrice de souffrance.

Comme le montre le psychiatre américain I. Yalom, l’avenir a aussi une puissance de changement non négligeable.[i] On pourrait dire, en s’inspirant de W. James, que le problème thérapeutique est peut-être moins de retrouver une expérience originaire pour la réélaborer au moyen d’un mécanisme de transfert/contre transfert, que de se demander comment améliorer notre niveau d’énergie ; et des lors de moins se focaliser sur le passé, le moi, le triangle oedipien du patient, que sur des situations où la force de l’esprit est sollicitée, par exemple, permettant de dépasser nos limites ; ou encore, de s’intéresser à ce que Maslow appelle des expériences paroxystiques, susceptibles d’être des vecteurs de franchissement de cap.

 

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Ce type de positionnement de la psychanalyse, cette façon de raisonner consistant à, d’une part, substituer l’aspect fantasmatique du trauma à son versant événementiel, et d’autre part, à privilégier la question des origines, n’est pas sans incidence sur le plan thérapeutique. C’est assez évident pour ce qui concerne le rapport à la mort, par exemple : s’appuyant sur certains écrits tardifs de Freud considérant que la mort n’était pas pensable, un bon nombre de thérapeutes s’interdisent de l’aborder pour elle-même. N’ayant pas de représentation dans l’inconscient, elle ne peut être représentée que fantasmatiquement pour le fondateur de la psychanalyse, - en l’espèce sous la forme de l’angoisse de castration, ou encore d’abandon. Ce sont donc ces substituts de la mort qui vont être privilégiés, considérés comme les véritables instances pertinentes, par ces thérapeutes. Mais dès lors, cette « désubstantialisation » de la mort réelle a pour inconvénient de priver thérapeutes et patients d’une approche existentielle dont la richesse réside précisément dans la puissance de transfiguration et de « futurition »liée à la pensée de la mort.

Sur ce point, il semble que l’on puisse faire crédit à M. Onfray d’avoir bien vu que si une évolution était possible et souhaitable pour les psychothérapies, cela devait désormais passer par une orientation existentialiste. C’est du moins ce que je défendrais personnellement, et ce que je m’efforce de faire modestement au travers de mes ateliers philosophiques et d’histoire de l’art.

Sans cette orientation en effet, les thérapeutes risquent de passer à côté de l’essentiel, en privant leur patient de ce catalyseur, de ce type d’expériences – la mort, la solitude, l’absence de sens, la responsabilité -, certes angoissantes, mais aussi révélatrices, enrichissantes, voire cathartiques. L’assomption de « l’être à la mort » (comme le dirait Heidegger), pour ne parler que d’elle, constitue en effet une source de changement majeur dans la vie, et cette expérience permet bien souvent un passage du stade du « on », du bavardage et de la quotidienneté, au stade ontologique où l’individu devient plus véritablement lui-même et assume son rapport à l’autre dans ce qu’il a de plus essentiel et authentique. Comme l’écrit I. Yalom (Le jardin d’Epicure, 2009) :

 

 « … si la mort nous détruit physiquement, l’idée de la mort nous sauve. » (p. 36).

 

Enfin, concernant la relation transférentielle chère aux thérapeutes freudiens, est-on bien sûr qu’elle soit plus féconde et plus efficace qu’une relation réelle, dans laquelle le thérapeute engage des éléments de sa vie, de ses propres émotions, ou encore les angoisses qu’il partage avec son patient  concernant ce qui tisse le fond tragique de l’existence ?

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Des critiques de l’orthodoxie psychanalytique sont donc possibles, et souhaitables à mon sens, sans que l’on se doive de passer pour cela par l’argumentation binaire et source de sclérose qui fleurit actuellement dans les média. Pour le bien de tous ceux qui souffrent psychiquement, il serait bon qu’advienne des débats plus complexes sur ces questions.

Là aussi (cf. article dans la catégorie sur les groupes d’entraide), il serait bon, me semble t-il, d’injecter un peu de pluralisme. Il faudrait pour cela que les tenants de la psychanalyse résistent à certaines velléités hégémoniques sur les plans institutionnels et académiques, et qu’ils permettent ainsi que s’ouvrent des possibles. Il s’agirait d’abord de sortir de la polémique entre psychanalyse et TCC, et pour cela, reconnaître le fait que nous ne sommes pas réduits à une alternative entre d’une part une psychanalyse - sérieuse, savante, humaniste, attentive à des normes éthiques -, et d’autre part une nébuleuse d’amateurs privilégiant des recettes douteuses de bonheur, sans considération pour les personnes dans leur singularité individuelle. Il existe en fait de multiples approches thérapeutiques, chacune d’entre elles pouvant être pertinente en fonction du patient, des circonstances, etc.

 

A mon sens, c’est au prix de cette reconnaissance et de ces conditions qu’un débat digne de ce nom pourra se mettre en place

 

  Voir suite: Texte 3. Autour de la psychanalyse


1 - « Comme le savent tous les thérapeutes, une thérapie n’est fructueuse que si elle permet au patient de modifier son avenir. Pour autant, le temps […] des textes psychothérapeutiques n’est pas tant le futur que le passé. […] cette domination du passé résulte de la confusion entre explication et « originologie ». Les psychothérapeutes d’orientation freudienne croient souvent que […] pour fournir un insight  il est nécessaire d’en dévoiler les origines, ou du moins, d’établir un lien entre l’événement présent et quelque situation antérieure. […] (mais) le futur s’avère tout autant que le passé un déterminant puissant du comportement […] Chez chacun de nous, à des niveaux conscients et inconscients, il existe un sentiment de finalité, un soi idéalisé, un ensemble d’objectifs vers lesquels nous tendons, une conscience du destin et de la mort ultime (Thérapie existentielle, p. 476-477).

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