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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 12:09


Depuis Down by law, j'ai toujours beaucoup apprécié Jim Jarmush, ce réalisateur qui trace à bas bruit un chemin personnel, subtil et original (pensons à Broken flowers avec l'impassible Bill Murray).

Peut-être en raison d'un tropisme japonisant lié à mon intérêt pour ce pays, sa culture, sa littérature, son cinéma, ses haïkus, etc., je n’ai pu m’empêcher de reconnaître dans Paterson, sa dernière œuvre, ce qui fait toute la poésie des films japonais modernes, du type Notre petite sœur, Les délices de Tokyo ou encore Vers l’autre rive (pour n'évoquer que ceux de ces dernières années).

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Ce sentiment de familiarité avec le Japon provient d’un minimalisme évident, sur le plan de l’intrigue, voire des personnages. J’aurais d’ailleurs très bien pu, comme dans mon article précédent sur le haïku, utiliser comme titre pour ce texte le même oxymore : « Grandeur de l’infime ». Tout se passe en effet comme si Jarmush était un cinéaste haïjin. Comme chez Basho ou Issa, les Maîtres du haïku, Jarmush porte une attention toute particulière aux petites choses - lesquelles tendent pourtant à devenir des moments d’éternité. Je remarque d’ailleurs que l’un des derniers opus de Jarmush, Ghost dog, était clairement lié à la culture japonaise. En outre, ce n’est sans doute pas par hasard si la scène finale du film, devant la cascade de la ville de Paterson, met en scène la rencontre improbable du chauffeur de bus Adam et d’un poète japonais.

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En termes d'atmosphère, on pourrait aussi évoquer les romans de Murakami. Avec Jarmush, c’est un peu comme si Fante, Philip Roth, et surtout le Paul Auster de Smoke et de Brookling boogie étaient régénérés par un onzen, le bain public japonais. C’est la rencontre artistique de la quotidienneté de l'américain ordinaire dans toute sa fécondité (telle que la caractérise le philosophe américain Stanley Cavell) et de la tendance japonaise à enchanter les choses infimes.

A un premier niveau, il ne se passe rien dans ce film, et l'on peut être saisi d'un doute. Remarquable travail d’équilibriste de Jarmush : nous sommes toujours à la limite de l’insignifiance, voire de la mièvrerie, qu'il s'agisse de la vie routinière d'Adam ou des rapports du couple. Une intrigue plus que minimale donc, renforcée par une routine stricte, qui fait clairement partie du script, pour ce chauffeur de bus poète, sa douce épouse et Marvin, l’impayable bouledogue ; et pourtant, magie de la mise en scène, tout est là. Aucune allusion à l'histoire ou l'actualité, aucun coup d'éclat (ou à peine un pétard mouillé) ; mais ce qui est ainsi saisi, c'est le cœur des choses, et même leur chair, ce qui fait l'essentiel d'une existence.

La magie de la narration, ou de la scénarisation, transfigure chaque moment et chaque lieu - le trajet du bus, les promenades quotidiennes avec Marvin, le petit déjeuner, le pub, etc. Une tonalité affective saisit immédiatement le spectateur, très prégnante durant tout le film. Des brides fugitives de conversations dans le bus, des regards, des attentions, des instants de méditation et d'écriture devant la cascade, tout cela vient alimenter le sentiment du spectateur, tout comme l’œuvre poétique d’Adam que l’on sent en gestation.

Le jeu des acteurs est formidable, et il faut attribuer une mention particulière à Marvin, le bouledogue, personnage à part entière du film, à qui il a été sérieusement question de remettre un prix à Cannes !

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User de superlatifs pour qualifier ce film reviendrait un peu à trahir cette dimension poétique minimaliste, tant il est subtil, et qu’il ne se prête manifestement pas aux déclarations fracassantes. Mais c’est simplement un sentiment de merveilleux qui se dégage doucement de cette quotidienneté ordinaire.

Véritable petit chef d’œuvre, je ne saurais donc trop encourager le lecteur à découvrir ce film merveilleux.

 

 

 

 

JIM JARMUSH : UN REALISATEUR JAPONAIS !
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La transmission de la philosophie et de l'esthétique est une chose difficile qui requiert la concentration de l'étudiant. Elle ne relève donc pas d'un discours démagogique ou sophistique dont la popularité médiatique n'a souvent d'égal que la pauvreté conceptuelle. Inversement, à l'attention des profanes, il ne peut s'agir non plus de procéder selon un discours élitiste, du type normalien. En ce qui me concerne, je dirais que mon but et ma profession de foi, que ce soit dans mes conférences, mes ateliers ou sur ce blog, c'est de tendre à rendre accessibles ces choses difficiles avec un minimum de déperdition conceptuelle.

 

 

 

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Penser la violence ; l'oeuvre de Girard

Paru en Mars 2018 chez HDiffusion, Penser la violence de Pascal Coulon. 20 euro dans toutes les "bonnes librairies"

 

 

La violence a fait au cours des deux derniers siècles l'objet d'une pléthore de recherches dans bien des domaines, et nombreux sont les livres qui ont traité de la question en lui apportant des réponses fécondes. Bien peu cependant l'ont abordée dans sa dimension génétique essentielle de violence fondatrice. Et, pour cause ! Penser que toutes les communautés humaines et l'ensemble des processus civilisateurs, avec leurs rites, leurs cultures, etc., trouvent leurs origines dans une violence radicale qui en constitue la fondation ne va pas de soi ! De ce point de vue, Freud semble bien avoir la paternité de l'idée fondamentale d'un meurtre initial, paradoxalement à la source de la civilisation, de la morale et de la religion. Mais ne s'agit-il pas d'un mythe ? La question de la violence ne requiert-elle pas plutôt une méthode indiciaire, s'appuyant sur des recherches et un matériau anthropologiques ? L'oeuvre de René Girard tend dans un effort continu, magistral et souvent solitaire à remonter contre vents et marées aux sources d'une violence à la fois effective, revenant périodiquement, fondatrice et génétique. Sans omettre les failles de la doctrine, l'auteur met clairement en évidence l'articulation des théories girardiennes, désir mimétique, victime émissaire, méconnaissance, et nous en découvre la fécondité pour penser notre époque. (4ème de couverture)

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LES GROUPES D'ENTRAIDE

Pascal Coulon, LES GROUPES D'ENTRAIDE

Une thérapie contemporaine

Psycho-Logiques
 

De nombreuses personnes trouvent dans les groupes d'entraide des ressources pour lutter contre leurs souffrances, se reconstruire psychologiquement et recréer du lien social. Quel est le véritable potentiel de ces groupes ? Quelles sont les origines de ces fraternités ? Quelles sont leurs valeurs ? Comment expliquer leur relative confidentialité et les résistances que ces groupes rencontrent en France ? Cet ouvrage met en lumière les polémiques qui opposent vainement la psychanalyse aux autres thérapeutiques de groupe face aux sujets addictés.


L'Harmattan, 22,50 euro
ISBN : 978-2-296-10844-8 • février 2010 • 226 pages

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