Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 10:17

Dans le centre de soins des addictions où j'exerce (ADAJE - 75014), les ateliers d'art-thérapie ont pris ces dernières années une importance grandissante dans la démarche de soins globale de nos patients. Très appréciés par ces derniers, et loin d'une activité purement occupationnelle, ces ateliers sont animés par des artistes confirmés qui se sont ensuite formés de façon rigoureuse et approfondie afin d'employer leur art de façon thérapeutique.

 

L’art-thérapie ajoute à l’art le projet de transformation de soi-même. La création – acte et résultat – peut permettre la transformation profonde du sujet créateur. Face aux créations spontanées de la personne (symptômes, troubles du comportement, marginalisation, rêves, souvenirs) l’art-thérapie, plutôt que de procéder à une analyse comme en psychothérapie traditionnelle, propose la création d’autres formes complexes : peinture, danse, musique, écriture, improvisation théâtrale, conte, clown, etc. Il s’agit en art-thérapie d’un accompagnement de ces créations dans un parcours symbolique au service du développement de la personne vers un aller-mieux et un « exister » davantage. L’art-thérapie est ainsi l’art de se projeter dans une œuvre comme message énigmatique en mouvement et de travailler sur cette œuvre pour travailler sur soi-même. L’art-thérapie est un détour pour s’approcher de soi.

.

En tant que philosophe féru d'esthétique, mes interventions ne sont pas de l'ordre de l'art thérapie. Mais la fréquentation des peintres chinois et des peintres d'avant-garde (Klee, Matisse, Cézanne, Pollock, Soulages, etc.) m'a permis d'identifier une posture de création artistique que j'assimile à ce qui est recherché en art thérapie : chez les peintres en question, on trouve souvent l'idée de l'artiste "cosmo-générateur" (Klee), du peintre qui se situe à un moment et dans un espace originaire, en phase avec, non la forme d'un monde déjà donné, mais d'un cosmos en formation. L'artiste est celui qui parvient à se situer en ce point originaire pour se saisir des forces chaotiques et les organiser en un cosmos. Posture méditative initiale (Cézanne), voir créateur (Matisse), d'une certaine façon, le corps de l'artiste devient le prolongement du cosmos lui-même, la fine pointe de son architecture dont il transmet le rythme par son pinceau. Loin d'une référence à l'intellect, c'est lorsque ces forces se manifestent par la médiation de son corps que le geste artistique manifeste sa puissance.

Toutes proportions gardées, c'est, me semble-t-il, cette posture qui est recherchée et privilégiée dans une séance d'art thérapie : une manière de se reconnecter avec des énergies créatrices, source d'évolution et, plus loin, d'estime de soi.

Comme nous pouvons le constater avec le texte suivant de Jean Pierre Klein - psychiatre, essayiste, romancier et Directeur de l'INECAT, le centre de formation des arts thérapeutes faisant référence en France - l'art thérapie peut aider dans bien des situations, y compris les extrêmes.

Convaincu moi-même des bienfaits de cette discipline, je publie bien volontiers sur mon blog ce texte qui est aussi une façon de faire connaître la belle revue de l'association qui décline en plusieurs chapitres écrits par des spécialistes les modalités, les fonctions et les bénéfices de l'art-thérapie.

 

 

 

"Y a-t-il encore des forces de vie mobilisables quand on va mourir dans la semaine ? Les artistes art-thérapeutes font appel à d’autres approches en sollicitant les patients dans un autre registre que celui de la maladie, la souffrance ou des médicaments, et la solitude. La revue présente comment ils réveillent des expressions imaginaires qui vont témoigner du « vivre encore » jusqu’au bout dans une humanité préservée, on pourrait dire exacerbée par l’approche de la mort.

On y trouve les fragilités y compris des intervenants, les moments d’allégresse paradoxale, les pointes d’humour aussi, les paroles de vérité... Nous partageons les doutes, les interrogations avant d’entrer dans la chambre des personnes malades et en leur présence.

Les artistes art-thérapeutes nous donnent à percevoir de l’intérieur l’esprit, les expériences périlleuses de leurs accompagnements dans la chambre des personnes à l’hôpital ou chez elles. Les patients sont en réception créative ou en création ultime dans la peinture, le dessin, le collage, la danse, la musique, l’écriture, le clown dans son ouverture au monde du merveilleux,...

La revue se clôt par le lancement du « testament sensoriel », connaissance de soi par les sens, questionnaire à remplir et à donner aux proches afin qu’ils sachent user d’autres approches par les sens si nous sommes atteints de désordres cognitifs."


Art et Thérapie est une revue fondée en 1981 qui explore les thèmes de la création y compris dans des situations pathologiques. Cette revue est en liaison avec l’Institut National d’Expression, de Création, d’Art et Thérapie, établissement privé d’enseignement supérieur sous le contrôle du Rectorat de Paris qui forme à la médiation artistique et à l’art-thérapie.

Pour toute commande, envoyer 17,80 € à Anne Poly 1 avenue de Verdun 75010 Paris, avec votre nom, adresse, profession et mail, en précisant qu’il s’agit du N° 120-121. www.inecat.org

 

 

 

DE L'ART THERAPIE
Partager cet article
Repost0

commentaires

Fraterblog

  • : Le blog de fraterphilo.over-blog.com
  • : Dans Fraterphilo, les idées de soin, d'art thérapie, de réflexion philosophique, de yoga et de pèlerinage constituent un lien et une trame pour ce qui se construit progressivement : ce que j'appelle une philosophie de "l'expérience-source d'évolution existentielle".
  • Contact

TRANSMETTRE

La transmission de la philosophie et de l'esthétique est une chose difficile qui requiert la concentration de l'étudiant. Elle ne relève donc pas d'un discours démagogique ou sophistique dont la popularité médiatique n'a souvent d'égal que la pauvreté conceptuelle. Inversement, à l'attention des profanes, il ne peut s'agir non plus de procéder selon un discours élitiste, du type normalien. En ce qui me concerne, je dirais que mon but et ma profession de foi, que ce soit dans mes conférences, mes ateliers ou sur ce blog, c'est de tendre à rendre accessibles ces choses difficiles avec un minimum de déperdition conceptuelle.

 

 

 

Recherche

Archives

Penser la violence ; l'oeuvre de Girard

Paru en Mars 2018 chez HDiffusion, Penser la violence de Pascal Coulon. 20 euro dans toutes les "bonnes librairies"

 

 

La violence a fait au cours des deux derniers siècles l'objet d'une pléthore de recherches dans bien des domaines, et nombreux sont les livres qui ont traité de la question en lui apportant des réponses fécondes. Bien peu cependant l'ont abordée dans sa dimension génétique essentielle de violence fondatrice. Et, pour cause ! Penser que toutes les communautés humaines et l'ensemble des processus civilisateurs, avec leurs rites, leurs cultures, etc., trouvent leurs origines dans une violence radicale qui en constitue la fondation ne va pas de soi ! De ce point de vue, Freud semble bien avoir la paternité de l'idée fondamentale d'un meurtre initial, paradoxalement à la source de la civilisation, de la morale et de la religion. Mais ne s'agit-il pas d'un mythe ? La question de la violence ne requiert-elle pas plutôt une méthode indiciaire, s'appuyant sur des recherches et un matériau anthropologiques ? L'oeuvre de René Girard tend dans un effort continu, magistral et souvent solitaire à remonter contre vents et marées aux sources d'une violence à la fois effective, revenant périodiquement, fondatrice et génétique. Sans omettre les failles de la doctrine, l'auteur met clairement en évidence l'articulation des théories girardiennes, désir mimétique, victime émissaire, méconnaissance, et nous en découvre la fécondité pour penser notre époque. (4ème de couverture)

Pages

LES GROUPES D'ENTRAIDE

Pascal Coulon, LES GROUPES D'ENTRAIDE

Une thérapie contemporaine

Psycho-Logiques
 

De nombreuses personnes trouvent dans les groupes d'entraide des ressources pour lutter contre leurs souffrances, se reconstruire psychologiquement et recréer du lien social. Quel est le véritable potentiel de ces groupes ? Quelles sont les origines de ces fraternités ? Quelles sont leurs valeurs ? Comment expliquer leur relative confidentialité et les résistances que ces groupes rencontrent en France ? Cet ouvrage met en lumière les polémiques qui opposent vainement la psychanalyse aux autres thérapeutiques de groupe face aux sujets addictés.


L'Harmattan, 22,50 euro
ISBN : 978-2-296-10844-8 • février 2010 • 226 pages

Liens