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10 décembre 2018 1 10 /12 /décembre /2018 17:31

Dans la mesure où il est trop tôt pour bien saisir les tenants et aboutissants de la crise des gilets jaunes et d'en faire une synthèse, je me garderai bien dans ce petit article de donner mon avis à ce sujet, cette crise faisant par ailleurs, au-delà des rumeurs et des fake news de toute nature, l'objet d'un ensemble de considérations informées et d'éditoriaux de sensibilités différentes.

 

 

 

Cependant, pour répondre à la demande de quelques étudiants, je me permettrai de donner quelques indications de lectures philosophiques, sociologiques et historiques, comme des repères qui permettent de conférer une intelligibilité à cet évènement, d'éclairer quelques unes de ses différentes facettes et d'inscrire ce moment de crise dans la trame plus générale d'une durée longue.

 

 

 

Le premier livre incontournable à mon sens est celui de Christopher Lasch, La révolte des élites et la trahison de la démocratie, publié en 1994, quelques mois après sa mort. C'est un livre véritablement visionnaire concernant la déconnexion des élites américaines, et, par voie de conséquences, la montée en puissance du trumpisme.

Les analyses par Lasch de cette élite dorée (il vise les démocrates essentiellement), sûre d'elle-même et de sa supériorité intellectuelle, plus affiliée à ses semblables des cercles internationaux qu'à ces propres citoyens, renvoie de façon cruelle à notre situation actuelle et à la dénonciation de la morgue et du mépris de notre Président ("ceux qui ne sont rien", "les premiers de cordée", etc.). Je laisse le lecteur découvrir ce qu'il faut entendre par ce titre étonnant (révolte des élites).

A noter que les analyses du philosophe français contemporain Jean-Claude Michéa s'inscrivent dans le sillage de Lasch.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le deuxième livre important à mon sens est le Tome 1 De la démocratie en Amérique de Tocqueville. Dans ce livre de 1850, extrêmement important pour comprendre les spécificités et les différences entre France et Amérique, ce dernier pays devient sous la plume de Tocqueville une sorte d'outil paradigmatique, une image pure de la démocratie, permettant de mieux comprendre par contraste que la France est un pays d'abord révolutionnaire, avant d'être démocratique.

J'ai montré ailleurs que ces déterminations se sont cristallisées et solidifiées, qu'elles sont donc très actuelles, et que cette analyse est surtout très éclairante pour comprendre bien des aspects de notre société contemporaine - et notamment la crise actuelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Concernant la dimension insurrectionnelle de la crise, l'analyse sartrienne du groupe en fusion (voir la table des matière) dans La critique de la raison dialectique reste un modèle du genre.

Comme le montre aussi Rousseau dans le Livre I du Contrat social, le moment où une masse d'individus atomisés produit un corps nouveau (le Peuple Souverain) s'apparente à une véritable opération chimique.

Chez Sartre, l'atomisme des individus se transforme en unité subjective dans le mouvement révolutionnaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Malheureusement, comme aurait pu le dire Girard, le danger réside dans la possible transformation de la violence de tous contre tous en une violence du tous contre un. En ce sens, la haine qui semble se cristalliser sur E. Macron est de mauvaise augure.

Si l'on est d'accord avec l'idée que la situation actuelle de délitement des services publics, de baisse du pouvoir d'achat et d'accroissement des inégalités n'est que l'explosion finale d'une situation qui ne cesse d'empirer depuis quarante ans pour les plus faibles, le haro actuel sur le Président ressemble à certain égards à un phénomène de bouc-émissarisation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Toujours concernant la violence insurrectionnelle, Colère et temps, du philosophe contemporain Peter Sloterdijk, fournit une grille de lecture très puissante de l'histoire.

C'est un livre d'accès plus difficile, où la colère, originaire, est hissée à une dimension ontologique (le titre du livre fait le pendant d'Être et temps de Heidegger). Ne pas oublier que l'histoire de la civilisation occidentale dans L’Iliade  commence par invoquer : "La colère d'Achille, ce fils de Pelée, chante la nous, Ô déesse..."

 

 

 

 

 

 

Enfin, concernant les risques de dérives de la démocratie vers la tyrannie, je ne saurais jamais trop recommander la lecture du Livre VIII de République de Platon.

Ce dernier se méfie de la démocratie. Dans le L VIII, qui décrit les régimes successifs de la Cité sous forme de déclin, on comprend mieux pourquoi :  la démocratie y est représentée comme la gigue des désirs contradictoires, le règne de la corruption, où les individus ne sont pas à leur place. Mais surtout, c'est l'universalité du schéma (et son éventuelle actualité) décrit par le philosophe qui est particulièrement frappante à mon sens : un tel régime préfigure la tyrannie dans la mesure où, de cette corruption généralisée, il risque toujours d'émerger un individu providentiel qui se présente comme un homme fort capable de rétablir l'ordre et à qui le peuple accorde sa confiance.

 

 

 

 

En espérant que ces quelques indications, dont j'ai bien conscience qu'ils sont loin de notre actualité immédiate, puissent fournir quelques repères aux lecteurs.

 

 

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La transmission de la philosophie et de l'esthétique est une chose difficile qui requiert la concentration de l'étudiant. Elle ne relève donc pas d'un discours démagogique ou sophistique dont la popularité médiatique n'a souvent d'égal que la pauvreté conceptuelle. Inversement, à l'attention des profanes, il ne peut s'agir non plus de procéder selon un discours élitiste, du type normalien. En ce qui me concerne, je dirais que mon but et ma profession de foi, que ce soit dans mes conférences, mes ateliers ou sur ce blog, c'est de tendre à rendre accessibles ces choses difficiles avec un minimum de déperdition conceptuelle.

 

 

 

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Penser la violence ; l'oeuvre de Girard

Paru en Mars 2018 chez HDiffusion, Penser la violence de Pascal Coulon. 20 euro dans toutes les "bonnes librairies"

 

 

La violence a fait au cours des deux derniers siècles l'objet d'une pléthore de recherches dans bien des domaines, et nombreux sont les livres qui ont traité de la question en lui apportant des réponses fécondes. Bien peu cependant l'ont abordée dans sa dimension génétique essentielle de violence fondatrice. Et, pour cause ! Penser que toutes les communautés humaines et l'ensemble des processus civilisateurs, avec leurs rites, leurs cultures, etc., trouvent leurs origines dans une violence radicale qui en constitue la fondation ne va pas de soi ! De ce point de vue, Freud semble bien avoir la paternité de l'idée fondamentale d'un meurtre initial, paradoxalement à la source de la civilisation, de la morale et de la religion. Mais ne s'agit-il pas d'un mythe ? La question de la violence ne requiert-elle pas plutôt une méthode indiciaire, s'appuyant sur des recherches et un matériau anthropologiques ? L'oeuvre de René Girard tend dans un effort continu, magistral et souvent solitaire à remonter contre vents et marées aux sources d'une violence à la fois effective, revenant périodiquement, fondatrice et génétique. Sans omettre les failles de la doctrine, l'auteur met clairement en évidence l'articulation des théories girardiennes, désir mimétique, victime émissaire, méconnaissance, et nous en découvre la fécondité pour penser notre époque. (4ème de couverture)

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LES GROUPES D'ENTRAIDE

Pascal Coulon, LES GROUPES D'ENTRAIDE

Une thérapie contemporaine

Psycho-Logiques
 

De nombreuses personnes trouvent dans les groupes d'entraide des ressources pour lutter contre leurs souffrances, se reconstruire psychologiquement et recréer du lien social. Quel est le véritable potentiel de ces groupes ? Quelles sont les origines de ces fraternités ? Quelles sont leurs valeurs ? Comment expliquer leur relative confidentialité et les résistances que ces groupes rencontrent en France ? Cet ouvrage met en lumière les polémiques qui opposent vainement la psychanalyse aux autres thérapeutiques de groupe face aux sujets addictés.


L'Harmattan, 22,50 euro
ISBN : 978-2-296-10844-8 • février 2010 • 226 pages

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