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24 janvier 2019 4 24 /01 /janvier /2019 16:59

La crise que nous traversons est à la source d'un accroissement exponentiel de rumeurs délirantes, nous l'avons vu dans l'article précédent de ce blog qui touchait à la question de la post vérité et à la nécessité éthique d'une hygiène de la pensée.

Dans le même ordre d'idées, il s'agit ici de la question du sens et de la valeur des mots et de ce qu'ils véhiculent dans ce moment de confusion des esprits. A cet égard, afin de lui rendre hommage, je souhaite faire une exception en publiant sur mon blog un article paru dans Le Point du romancier et journaliste algérien Kamel Daoud qui, de par sa vie, ses engagements et les dangers qu'il courre, connaît, lui, le sens de certains mots circulant actuellement sur les réseaux sociaux. En changeant le sens des mots, on déforme la perception de la réalité.

 

 

Voici le texte de Kamel Daoud

 

Ce qu'est vraiment un dictateur
 

"De « dictature », à « violences policières », les gilets jaunes convoquent des termes qu'il est urgent de redéfinir. Les Français le savent-ils tous ? Si leur pays bascule dans le chaos, la radicalité, c'est que tout est permis ailleurs. C'est le quitus rêvé pour les populismes en Occident. Il faut espérer que cela ne se passe pas ainsi. Et, pour espérer, il faut au moins corriger le sens des mots. Ceux de la presse, des médias. A lire les titres et l'usage que l'on fait de la langue, on déchiffre presque un espoir malsain de voir s'écrouler un pays comme pour justifier, rétrospectivement, une titraille.
Quelques mots sont à redéfinir d'urgence pour recouvrer la mesure.

 

«Dictature », d'abord, utilisé à l'intention du macronisme. Certains oublient donc ce qu’est un dictateur. La littérature en a adouci le mystère brutal, le reportage en a fait un « sujet » exotique, les années 1970 étant un souvenir, on en parle aujourd'hui avec une dangereuse négligence. Un dictateur, c'est un homme qui prend le pouvoir à la vie à la mort. Qui tue la moitié de son peuple pour gouverner l'autre moitié agenouillée, qui a des prisons secrètes, une police secrète, une humeur secrète. Il est sanguinaire, fantasque, assassin. Il adore faire du pays une photo de lui-même, il aime la parade et le portrait géant. Le confort étant un abrègement inévitable de la mémoire, on semble avoir oublié ce qu'est un dictateur et on le voit partout, dans la presse et la parade.


« Violences policières». C'est l'usage que l'on fait de la police pour protéger un dictateur, ses proches, ses biens. C'est synonyme de sang, blessés graves, morts quotidiens, « disparitions » et procès de minuit. C'est loin de définir des heurts entre manifestants et policiers à Paris ou à Bordeaux.

 

« Guerre ». C'est un souvenir terrible, une divinité qui boit du sang, pas un jeu de mots. Une guerre tue, par milliers, par millions. C'est la perte de la maison, du sens, de l'humain, du pays, de la dignité. Ce n'est pas un échange de cailloux et de lacrymogènes. Il faut laisser se reposer les morts et la mémoire. Il ne faut pas les convoquer pour habiller ses démesures.

 


« Résistance». Ce mot, en France, a une mémoire. Ce n'est pas un sticker jaune qu'on appose sur un bocal, un front ou un gilet. On peut faire de la résistance mais pas se faire passer pour elle.

 

« Décapitation », « Monarchie », « Bastille », « Roi ». On a suivi dans le reste du monde ce remake faiblard et artificiel de la Révolution française dans la France des intox. Plus proche de la redéfinition de l'œdipe que de la vraie révolution. Ici, avec ces mots, certains veulent « tuer » le père, épouser la mère et errer, aveugles et coupables.

 


« Printemps européen ». Ou français. Irrespectueux pour les Égyptiens, Syriens, Tunisiens, Ukrainiens qui sont morts sous les sabots, les avions russes en Syrie ou les tirs des snipers au Caire. Un « printemps » est une chose sérieuse, espérée une vie durant, payée chèrement : c'est se soulever contre un dictateur pour atteindre la liberté et pas seulement la détaxe, la dignité. On y voit de la colère, pas de la haine de l'ordre. On y crie liberté, pas anarchie. On y rêve d'urnes, d'élections propres, de démocratie et de presse indépendante.

 

« Répression ». Cela arrive de nuit. Vous êtes dans votre maison et on vous arrête, cagoule, menottes, cellule secrète, torture et PV à signer sous la menace de câbles électriques nus. Votre famille ne sait pas où vous êtes et votre vie dépend d'une ONG qui se bat pour vous en Europe. Votre corps devient un délateur contre votre âme, vous perdez vos dents et votre dignité. La fosse sera votre rêve nocturne et, quand vous êtes libre, vous ne pouvez rien saisir de vos mains sans gémir et recompter vos doigts. Cela ne se passe pas ainsi à Paris. Tout cela pour revenir par des mots sur les mots. Ils sont dangereux.

 

« Gazer » en est un de plus qu'il faut redéfinir avec précaution.

Si, en France, on commence à abuser jusqu'au ridicule des mots « dictature » et «répression », que va-t-il nous rester à nous, au Sud, comme mots pour parler de nos sorts ?"

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La transmission de la philosophie et de l'esthétique est une chose difficile qui requiert la concentration de l'étudiant. Elle ne relève donc pas d'un discours démagogique ou sophistique dont la popularité médiatique n'a souvent d'égal que la pauvreté conceptuelle. Inversement, à l'attention des profanes, il ne peut s'agir non plus de procéder selon un discours élitiste, du type normalien. En ce qui me concerne, je dirais que mon but et ma profession de foi, que ce soit dans mes conférences, mes ateliers ou sur ce blog, c'est de tendre à rendre accessibles ces choses difficiles avec un minimum de déperdition conceptuelle.

 

 

 

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Penser la violence ; l'oeuvre de Girard

Paru en Mars 2018 chez HDiffusion, Penser la violence de Pascal Coulon. 20 euro dans toutes les "bonnes librairies"

 

 

La violence a fait au cours des deux derniers siècles l'objet d'une pléthore de recherches dans bien des domaines, et nombreux sont les livres qui ont traité de la question en lui apportant des réponses fécondes. Bien peu cependant l'ont abordée dans sa dimension génétique essentielle de violence fondatrice. Et, pour cause ! Penser que toutes les communautés humaines et l'ensemble des processus civilisateurs, avec leurs rites, leurs cultures, etc., trouvent leurs origines dans une violence radicale qui en constitue la fondation ne va pas de soi ! De ce point de vue, Freud semble bien avoir la paternité de l'idée fondamentale d'un meurtre initial, paradoxalement à la source de la civilisation, de la morale et de la religion. Mais ne s'agit-il pas d'un mythe ? La question de la violence ne requiert-elle pas plutôt une méthode indiciaire, s'appuyant sur des recherches et un matériau anthropologiques ? L'oeuvre de René Girard tend dans un effort continu, magistral et souvent solitaire à remonter contre vents et marées aux sources d'une violence à la fois effective, revenant périodiquement, fondatrice et génétique. Sans omettre les failles de la doctrine, l'auteur met clairement en évidence l'articulation des théories girardiennes, désir mimétique, victime émissaire, méconnaissance, et nous en découvre la fécondité pour penser notre époque. (4ème de couverture)

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LES GROUPES D'ENTRAIDE

Pascal Coulon, LES GROUPES D'ENTRAIDE

Une thérapie contemporaine

Psycho-Logiques
 

De nombreuses personnes trouvent dans les groupes d'entraide des ressources pour lutter contre leurs souffrances, se reconstruire psychologiquement et recréer du lien social. Quel est le véritable potentiel de ces groupes ? Quelles sont les origines de ces fraternités ? Quelles sont leurs valeurs ? Comment expliquer leur relative confidentialité et les résistances que ces groupes rencontrent en France ? Cet ouvrage met en lumière les polémiques qui opposent vainement la psychanalyse aux autres thérapeutiques de groupe face aux sujets addictés.


L'Harmattan, 22,50 euro
ISBN : 978-2-296-10844-8 • février 2010 • 226 pages

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