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19 avril 2019 5 19 /04 /avril /2019 11:28

En lien avec mes préoccupations pédagogiques du moment, cet article vaut comme lecture anthropologique de la séquence qui suit l'incendie de Notre-Dame.

 

Au-delà de l'émotion liée à l'évènement en soi, l'incendie recèle une forte charge symbolique. Plus loin, l'ensemble de la séquence - offres de don pour la reconstruction, réactions que ces offres ont elles-mêmes suscitées - est très significatif.

 

Si je parle de charge symbolique de l'incendie, ce n'est pas du tout à titre de manifestation exemplaire de la décomposition d'une société, comme veulent le voir certains, et encore moins évidemment en un sens religieux plus ou moins millénariste, comme feu purificateur, voire punition divine.

Quant à la séquence significative, il s'agit de la rivalité mimétique des dons (LVMH, etc.), et des critiques concernant l'emploi d'un argent qui aurait été plus utile ailleurs (pour des associations caritatives).

 

En quoi cette séquence est-elle donc significative ? Ce ne sont pas des données ou des principes moraux ou politiques qui permettent d'apporter une réponse, mais bien une grille de lecture anthropologique permettant de déceler ce qu'il peut y avoir d'originaire dans les comportements de cette dernière semaine.

 

En effet, la cathédrale elle-même, ainsi que les offres de don, illustrent un constat anthropologique élémentaire aussi bien qu'une donnée économique originaire, mais contre intuitifs en ce qu'il sont recouverts par des couches sociales sédimentées depuis que la Réforme et le capitalisme - qui en constitue le corolaire économique - nous ont amenés à considérer que tout excédent doit être utilisé à bon escient, valorisé en termes de production, réinvesti dans la croissance.

Comme un retour de refoulé, l'évènement "Notre-Dame" manifeste de façon éclatante la revanche de la dépense, de l’exsudation, de la consumation pré capitaliste (et du catholicisme romain qui en constitue le corolaire), de la valeur oubliée de la gloire improductive sur l'acquisition et la consommation.

Seul un point de vue très particulier, localement, socialement et temporellement situé, nous amène à appréhender le développement des forces productives comme une finalité de l'activité. Et donc à considérer comme un scandale, une "part maudite" (Georges Bataille), toute énergie en excédent non réinvestie pour la croissance. Mais, d'un point de vue économique plus général, l'énergie est toujours en excès et demande dilapidation à un moment ou un autre.

Tout organisme vivant - l'homme comme les autres - reçoit plus d'énergie qu'il n'en a besoin pour maintenir sa vie. La pression de la vie est toujours productrice d'excédent.

Que faire de l'énergie excédentaire, sinon la dilapider, la perdre sans profit ? Sur ce plan, les données historiques indiquent que deux voies s'ouvrent bien souvent à l'homme pour cette exsudation : la guerre malheureusement - celle de 14 est particulièrement significative à cet égard - et le luxe, la gloire de l'inutile, ce qui toujours se situe au-delà de la sphère de la survie. De ce point de vue, des pyramides aztèques parfaitement inutiles en termes de production - au sommet desquelles se déroulaient des sacrifices - à la cathédrale, il n'y a pas vraiment solution de continuité.

Même refoulé, le mouvement général d'exsudation, l'excédent sacré, la frénésie de l'énergie non productive continue à survivre en l'homme. A son niveau, il est voué à cette consumation sacrée qui lui permet d'échapper à la pesanteur, au calcul froid et à l'avarice. Dépasser le monde de la survie en détruisant les choses, aucun autre auteur que le Dostoïevski des Possédés n'a mieux illustrer cette thématique de la puissance du négatif qui caractérise essentiellement l'homme.

 

 

Cette consumation a pu prendre diverses, et parfois étranges, formes d'expression - du sacrifice au luxe. Le don est l'une d'entre elles. Mauss nous a montré que le don n'était pas toujours dénué de relations de pouvoir. Il faudrait plutôt parler de puissance, le don ne concernant pas l'acquisition des choses - lesquelles tendent plutôt à la dilapidation lors de ces rituels - mais la perte, la capacité à dépasser la survie pour le prestige, celui du plus grand donateur.

Tous les dons ne sont pas de même nature bien sûr, comme le montre l'anthropologie, mais ce qui se passe actuellement autour de la cathédrale a des relents évidents de potlatch, ce rituel agoniste de dons contre dons des tribus d'Amérique du Nord. Il s'agit de manifester sa puissance sous forme de générosité, d'obliger le rival à surenchérir, voire de l'humilier jusqu'à ce qu'il se soumette, dès lors qu'il se trouve dans l'incapacité de redonner plus. Lors de ces cérémonie, les choses données sont souvent brûlées ; ce qui est alors détruit, sacrifié, dans la chose, c'est sa dimension profane, c'est-à-dire utilitaire. A cet égard, Bataille écrit "Si le potlatch aboutit rarement à des actes en tout point semblables au sacrifice, il est néanmoins la forme complémentaire d'une institution dont le sens est de retirer à la consommation productive".

 

Toute la contradiction inhérente à la condition humaine se précipite dans ces pratiques. D'un côté en effet, le sacrifice et le don valent par leur capacité à soustraire les choses du monde profane de l'utilité, du pouvoir et de la consommation, ce qui permet aux hommes d'accéder à une sphère supérieure. De l'autre, cette inutilité elle-même est en quelque sorte choséifiée et utilisée, puisqu'elle devient le medium par lequel s'affirme le pouvoir des puissants.

 

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La transmission de la philosophie et de l'esthétique est une chose difficile qui requiert la concentration de l'étudiant. Elle ne relève donc pas d'un discours démagogique ou sophistique dont la popularité médiatique n'a souvent d'égal que la pauvreté conceptuelle. Inversement, à l'attention des profanes, il ne peut s'agir non plus de procéder selon un discours élitiste, du type normalien. En ce qui me concerne, je dirais que mon but et ma profession de foi, que ce soit dans mes conférences, mes ateliers ou sur ce blog, c'est de tendre à rendre accessibles ces choses difficiles avec un minimum de déperdition conceptuelle.

 

 

 

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Penser la violence ; l'oeuvre de Girard

Paru en Mars 2018 chez HDiffusion, Penser la violence de Pascal Coulon. 20 euro dans toutes les "bonnes librairies"

 

 

La violence a fait au cours des deux derniers siècles l'objet d'une pléthore de recherches dans bien des domaines, et nombreux sont les livres qui ont traité de la question en lui apportant des réponses fécondes. Bien peu cependant l'ont abordée dans sa dimension génétique essentielle de violence fondatrice. Et, pour cause ! Penser que toutes les communautés humaines et l'ensemble des processus civilisateurs, avec leurs rites, leurs cultures, etc., trouvent leurs origines dans une violence radicale qui en constitue la fondation ne va pas de soi ! De ce point de vue, Freud semble bien avoir la paternité de l'idée fondamentale d'un meurtre initial, paradoxalement à la source de la civilisation, de la morale et de la religion. Mais ne s'agit-il pas d'un mythe ? La question de la violence ne requiert-elle pas plutôt une méthode indiciaire, s'appuyant sur des recherches et un matériau anthropologiques ? L'oeuvre de René Girard tend dans un effort continu, magistral et souvent solitaire à remonter contre vents et marées aux sources d'une violence à la fois effective, revenant périodiquement, fondatrice et génétique. Sans omettre les failles de la doctrine, l'auteur met clairement en évidence l'articulation des théories girardiennes, désir mimétique, victime émissaire, méconnaissance, et nous en découvre la fécondité pour penser notre époque. (4ème de couverture)

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LES GROUPES D'ENTRAIDE

Pascal Coulon, LES GROUPES D'ENTRAIDE

Une thérapie contemporaine

Psycho-Logiques
 

De nombreuses personnes trouvent dans les groupes d'entraide des ressources pour lutter contre leurs souffrances, se reconstruire psychologiquement et recréer du lien social. Quel est le véritable potentiel de ces groupes ? Quelles sont les origines de ces fraternités ? Quelles sont leurs valeurs ? Comment expliquer leur relative confidentialité et les résistances que ces groupes rencontrent en France ? Cet ouvrage met en lumière les polémiques qui opposent vainement la psychanalyse aux autres thérapeutiques de groupe face aux sujets addictés.


L'Harmattan, 22,50 euro
ISBN : 978-2-296-10844-8 • février 2010 • 226 pages

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