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Je poursuis dans cet article la démarche consistant à publier des extraits de mon livre actuellement en cours d'écriture, et dont j'ai changé le sous-titre - l'ancien étant trop savant en termes de politique éditoriale, paraît-il. Le livre s'appelle donc désormais La Chair du monde, Essais sur le lien.
Le texte qui suit est un court extrait du premier chapitre (du premier Essai) portant sur l'art, la naissance de l'esthétique et la régénération de la sensibilité dans le contexte de l'entrée dans la modernité. La deuxième partie de l'Essai porte sur le thème du peintre cosmo-générateur.
Voici donc cet extrait qui constitue en fait l'introduction de cet Essai :
"Une thématisation de la puissance créatrice qui nous relie à la chair du monde se doit bien sûr d’aborder la question artistique, en l’occurrence celle de la peinture, et plus particulièrement celle de la couleur.
L’importance donnée ici à la question de l’art se justifie également en partie parce que les mouvements et sentiments d’une époque tels qu’ils se manifestent dans ce champ préfigurent bien souvent des mouvements analogues dans des domaines très différents - social, philosophique ou moral. Ainsi, par exemple, la révolution que constitue l’invention de la perspective topologique en Ombrie au 15ème siècle par des artistes comme Brunelleschi ou Piero Della Francesca : en adoptant le point de vue de l’homme, mesure de toute chose, comme point de référence dans la composition de la toile, elle anticipe des évolutions humanistes et démocratiques qui se manifesteront comme telles plus de deux siècles plus tard avec les doctrines du contrat social.
Dans la mesure où la régénération de la sensibilité dans le contexte post galiléen constitue ici un tropisme assumé, dans sa première partie cet Essai se focalise sur l’art dans la modernité, et notamment sur un ensemble de composantes ayant abouti à la naissance de l’esthétique. Il faut entendre ici cette dernière à la fois comme discipline autonome valorisant la dimension sensible des productions picturales et comme discours ayant tenté de faire valoir la légitimité de la sensibilité face à la toute-puissance de la connaissance rationnelle dans notre civilisation.
La seconde partie porte sur ce que l’on pourrait appeler la dimension cosmophanique de l’art des avant-gardes, avec une explicitation de l’idée selon laquelle l’artiste est susceptible de manifester un monde invisible."


