/image%2F0669930%2F20210227%2Fob_afc6ce_kand.jpg)
Je poursuis mon travail d'écriture du livre La Chair du monde et je publie ici un petit extrait du quatrième chapitre
Ce chapitre traite plus spécifiquement de l'aventure phénoménologique.
Voici l'extrait en question qui porte sur l'apport de l'art à la réflexion phénoménologique.
"L’idée selon laquelle les artistes font apparaître un monde auquel nous n’avons pas accès dans la quotidienneté ordinaire et instrumentale est très présente au 20ème siècle. Elle fait référence à la fuite des dieux, à la disparition du sacré que l’artiste aurait pour vocation de relever. Kandinsky, très motivé par les dimensions spirituelles et éthiques de son art, en vient progressivement à se détourner de l’objet pour fonder l’abstraction afin de manifester l’invisible.[1] C’est aussi le cas de plusieurs poètes post-modernes, comme le dit Jean-Claude Pinson dans Habiter en poète :
« …l’interrogation quant à la possibilité du sacré après la fuite des dieux est au cœur de toute une lignée de démarches poétiques, de Hölderlin à Jaccottet. Ou encore : l’éthos poétique moderne serait non seulement ouverture phénoménologique à la sacralité du monde, en vue d’en préserver la trace et le sens, mais aussi, comme c’est le cas chez Yves Bonnefoy, engagement éthique de la parole poétique en vue de bâtir un lieu où puisse se ‘reformer’ le sacré et demeurer habitable une terre préservant un autre rapport au monde que celui qu’impose la domination de la rationalité étroitement instrumentale. Sauvegarder et instaurer le sacré serait alors le but de la poésie, sa tâche suprême en tant que ‘poéthique’ » (c’est l’auteur qui souligne).
Au-delà de la dimension sacrée dont le sens et l’importance varient selon les artistes, un certain nombre de phénoménologues mettent l’accent sur le pouvoir qu’a l’art de manifester le monde lui-même, en sa vérité la plus originaire. C’est notamment le cas de Maldiney, avec une formule dont l’extraordinaire concision n’a d’égale que la puissance évocatrice : « L’art est la vérité du sentir en ce qu’il ne laisse pas s’accomplir la réduction du réel à l’objectif. »
Plus généralement, l’idée qu’un monde se manifeste à travers l’œuvre d’art est une intuition fondamentale de la phénoménologie[2]. Or, il faut entendre par là que c’est le monde lui-même qui crée à travers l’artiste, « C’est l’Etre muet qui en vient lui-même à manifester son propre sens »[3]. Autrement dit, le monde est à la fois sujet de l’activité et objet de l’œuvre. Cette dernière est dévoilement du monde au double sens du génitif : c’est le monde qui est dévoilé, et c’est le monde qui se dévoile."
commenter cet article …


