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L’un des problèmes majeurs de notre temps, qui subsume en tout cas d’autres problèmes plus « locaux », est celui du lien, ou plutôt de sa dissolution dans le contexte (hyper)individualiste qui est le nôtre.
Il ne s’agit pas pour autant de déplorer cette dissolution mais de repérer et de mettre en valeur un ensemble de d’initiatives, de doctrines, de pratiques qui, depuis l’entrée dans la modernité, peuvent constituer autant de ressources. Et il s’agit, avec ces ressources, de construire une machine permettant de faire échec au ressentiment – une véritable machine désirante. Dans l’atmosphère complotiste actuelle qui ne voit en effet que l’argumentation rationnelle reste en grande partie inopérante. C’est une question de rythme de la pensée, en fait. Si les démarches d’un Gérald Bronner sont absolument nécessaires, il me semble urgent de trouver, au-delà de la rationalité, un régime de pensée qualitativement supérieur, source d’une augmentation de puissance – de joie au sens spinoziste du terme.
Comment cela est-il possible ? En puisant justement dans ces ressources à notre disposition : par exemple, Bergson nous donne une pensée qui se situe en ce lieu où la vie et le monde nous apparaissent comme une source permanente d’éternelle nouveauté (chap. 3) ; ou encore, la phénoménologie nous permet de revenir à la chair du monde, en-deçà du rapport purement utilitaire aux choses (chap. 4), l’art-thérapie permet de réintroduire du qualitatif dans le rapport au monde des patients (chap. 5) ; la marche pèlerine permet une immersion dans l’environnement, source de joie et de dépassement de l’ego (chap. 6), etc.
Certes, me dira t-on, mais ces considérations fumeuses ne sont-elles pas déconnectées de la réalité ordinaire et prosaïque ? Non si je me réfère d’abord à mon rapport à moi-même et aux autres après deux années de travail d’écriture et de transmission sur ces questions. De même si j’en juge par ma confiance et mon rayonnement thérapeutique nouveaux auprès des patients du centre de soin des addictions où je travaille ; ou encore si je prends en considération les retours très gratifiants d’étudiants concernant ma pédagogie dans les universités libres où j’exerce (où je fais un cours sur le conspirationnisme, d’ailleurs).
Au-delà de mon cas personnel, c'est cette entreprise de repérage, de sélection des affects qu'il me semble urgent de privilégier, y compris dans l'éducation, si l'on veut lutter contre le ressentiment, lui-même à la source de nombreuses dérives actuelles.
C’est cette « qualité énergétique » qui, globalement, constitue finalement l’essentiel pour moi, si je jette un regard à la fois rétrospectif et ouvert sur Le Lien à l’ère de l’individualisme.
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