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2 janvier 2023 1 02 /01 /janvier /2023 16:50

Il y a de bons films sur la peinture, et même de très bons – Pollock de Ed Harris, Les Fantôme de Goya de Milos Forman, La Jeune fille à la perle de Peter Webber – et de moins bons : Monsieur Turner de Mike Leigh. Ce qui fait la différence, ce n’est certes pas une fidélité rigoureuse envers une réalité historique – qu’il est d’ailleurs bien souvent difficile d'atteindre - mais le sentiment, ou non, en ressortant de la salle de cinéma de s’être imprégné de l’œuvre, de s’être immergé dans l’époque, la sensibilité esthétique, en bref dans l’univers qui était celui du peintre. Dans le film de Mike Leigh, par exemple, à la fin de la séance, le spectateur avait le sentiment d’avoir passé deux heures en compagnie d'un type bien peu sympathique, mais ce sentiment n’était pas contre balancé par celui de l’émerveillement devant l’œuvre – pourtant extraordinaire - de Turner.

 

 

 

Le risque était grand avec Caravage, compte tenu de la vie dissolue et des mœurs scandaleuses du personnage, de tomber dans ce piège d’une biographie "mesquine", ou encore d'un tout romanesque et aventureux, au détriment de la sensibilité esthétique. Mais le film de Michele Placido fait clairement partie de la première catégorie – celle des bons films. Si quelques libertés sont prises par l’auteur concernant la réalité historique au profit de la cohésion et de l’attrait de la trame romanesque - la mort de Caravage, les raisons du duel qui entraîne la mort de l’adversaire de Caravage et, conséquemment, la condamnation à mort de ce dernier, le rôle de baronne Borghèse (superbement interprétée par Isabelle Huppert), et d’autres détails encore ne reflètent pas la vérité historique – ce n’est pas le plus important. D’autant que cette liberté permet en outre un parti pris narratif fécond, avec cet enquêteur désigné par le pape pour prendre une décision sur une éventuelle grâce papale (formidable Louis Garrel !). Ce procédé est aussi fécond en ce qu’il est en outre à la source d’une série d’analepses permettant de revisiter une bonne partie de la vie personnelle et artistique du peintre. De toute façon, concernant la vérité historique, le scénariste pouvait aussi jouer en effet à son profit de quelques zones d’ombres dans la biographie du peintre.

 

 

Quoi qu’il en soit, l’essentiel de ce qui fait un grand film sur la peinture – et en l’occurrence sur Caravage - est bien là. Pour moi, qui « fréquente » Caravage depuis de nombreuses années en retravaillant sans cesse mes cours sur lui (et d’autres), les thèmes les plus importants apparaissent dans le film : on y retrouve en effet les enjeux religieux dans le contexte de la Contre-Réforme, la dimension scandaleuse du peintre pour le clergé du point de vue pictural, le problème posé par le rejet de certaines de ces œuvres considérées comme blasphématrices, l’ambivalence des jugements des ecclésiastiques à l’égard de la qualité de la foi du peintre, ambivalence, finement analysée, des cardinaux et du pape lui-même  ; ou encore la façon subtile dont apparaît en creux le destin à venir de certaines œuvres qui devaient être détruites parce que blasphématoires (mais qui ont été conservées par des admirateurs refusant de céder à une parole dogmatique, ce qui a occasionné des débats sans fin entre experts de la modernité sur leur authenticité).

 

Mais surtout, le spectateur est immergé dans le tragique et la violence de cette époque, il prend la mesure (ou la démesure) de la foi débridée et du destin christique de cet artiste (proche de Van Gogh à cet égard), qui sentait bien, en outre, que la révolution picturale réaliste qu’il portait en lui avait plus de chances de se réaliser en fréquentant les plus pauvres, les bas-fonds, les hospices, les prostituées, les tavernes, etc., que sous le baldaquin terni de l’académisme.

 

 

Plus important encore : dans le mouvement bouillonnant de la vie de l’artiste, de ses allers-retours entre les bas-fonds et les palais les plus merveilleux, à travers ses engagements, ses fidélités et ses infidélités, au cœur de sa  foi intense, le spectateur assiste aux différents évènements, aux rencontres, aux drames présidant à la genèse des œuvres de l’artiste. De ce point de vue, le film est une véritable performance en ce qu’il parvient à reconstituer des tableaux vivants très crédibles des scènes qui ont servi de modèles aux tableaux.

Finalement, dans ce maelstrom que fut la vie de Caravage, c’est bien la lumière qui ressort de l’œuvre de cet artiste, une lumière divine que ses plus âpres détracteurs n'ont pas pu ne pas voir, et que le réalisateur a su saisir, ce qui qui fait de ce film celui que l’on attendait depuis des années sur ce peintre extraordinaire.

 

Les Pèlerins à Emmaüs

La Mort de la Vierge

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La transmission de la philosophie et de l'esthétique est une chose difficile qui requiert la concentration de l'étudiant. Elle ne relève donc pas d'un discours démagogique ou sophistique dont la popularité médiatique n'a souvent d'égal que la pauvreté conceptuelle. Inversement, à l'attention des profanes, il ne peut s'agir non plus de procéder selon un discours élitiste, du type normalien. En ce qui me concerne, je dirais que mon but et ma profession de foi, que ce soit dans mes conférences, mes ateliers ou sur ce blog, c'est de tendre à rendre accessibles ces choses difficiles avec un minimum de déperdition conceptuelle.

 

 

 

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Penser la violence ; l'oeuvre de Girard

Paru en Mars 2018 chez HDiffusion, Penser la violence de Pascal Coulon. 20 euro dans toutes les "bonnes librairies"

 

 

La violence a fait au cours des deux derniers siècles l'objet d'une pléthore de recherches dans bien des domaines, et nombreux sont les livres qui ont traité de la question en lui apportant des réponses fécondes. Bien peu cependant l'ont abordée dans sa dimension génétique essentielle de violence fondatrice. Et, pour cause ! Penser que toutes les communautés humaines et l'ensemble des processus civilisateurs, avec leurs rites, leurs cultures, etc., trouvent leurs origines dans une violence radicale qui en constitue la fondation ne va pas de soi ! De ce point de vue, Freud semble bien avoir la paternité de l'idée fondamentale d'un meurtre initial, paradoxalement à la source de la civilisation, de la morale et de la religion. Mais ne s'agit-il pas d'un mythe ? La question de la violence ne requiert-elle pas plutôt une méthode indiciaire, s'appuyant sur des recherches et un matériau anthropologiques ? L'oeuvre de René Girard tend dans un effort continu, magistral et souvent solitaire à remonter contre vents et marées aux sources d'une violence à la fois effective, revenant périodiquement, fondatrice et génétique. Sans omettre les failles de la doctrine, l'auteur met clairement en évidence l'articulation des théories girardiennes, désir mimétique, victime émissaire, méconnaissance, et nous en découvre la fécondité pour penser notre époque. (4ème de couverture)

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LES GROUPES D'ENTRAIDE

Pascal Coulon, LES GROUPES D'ENTRAIDE

Une thérapie contemporaine

Psycho-Logiques
 

De nombreuses personnes trouvent dans les groupes d'entraide des ressources pour lutter contre leurs souffrances, se reconstruire psychologiquement et recréer du lien social. Quel est le véritable potentiel de ces groupes ? Quelles sont les origines de ces fraternités ? Quelles sont leurs valeurs ? Comment expliquer leur relative confidentialité et les résistances que ces groupes rencontrent en France ? Cet ouvrage met en lumière les polémiques qui opposent vainement la psychanalyse aux autres thérapeutiques de groupe face aux sujets addictés.


L'Harmattan, 22,50 euro
ISBN : 978-2-296-10844-8 • février 2010 • 226 pages

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