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30 mai 2024 4 30 /05 /mai /2024 16:26

Après ce qu’il est convenu d’appeler pudiquement une longue maladie (qui explique en partie le long silence de ce blog) et une opération lourde dont certaines séquelles sont pénibles, je m’apprête donc à revenir sur le Chemin de Compostelle, après l’avoir abandonné pendant trois ans pour les mêmes raisons.

Compte tenu des circonstances, ce Chemin du Nord prend pour moi un sens particulier : fatigué et affaibli, je pars avec l’idée que ce long périple solitaire devrait m’aider à m’approprier ce corps, pas tout à fait différent, certes, mais pas vraiment le même non plus. Pour ce corps devenu étrangement étranger il s’agirait en effet de trouver une nouvelle rythmique, une dynamique telle que je puisse l’habiter à nouveau. Je ne suis d’ailleurs pas très sûr de bien comprendre moi-même ce que ces considérations peuvent bien signifier, mais, à défaut d’une clarté conceptuelle, je sens qu’il est question encore une fois de régénération, voire de renaissance, et dans ce qu’il y a de plus élémentaire en l’occurrence.

Encore une fois disais-je car, le passé en témoigne, il semble bien que ma vie – et sans doute toute vie - soit placée sous le signe de ces renaissances successives. Revenant ces deux dernières années d’un enfer que je ne suis pas certain d’avoir vraiment quitté, j’espère bien faire de cette séquence un moment de refondation, et vivre une sorte de réinvention du corps dans la pratique - c’est-à-dire en marchant.

Pour les connaisseurs du Chemin, je pars de Bilbao et évite les Pyrénées (que j’ai déjà faites il y a cinq ou six ans) afin de commencer plus en douceur. Je devrai longer la côte nord de l’Espagne – la Cantabrie, les Asturies puis la Galice – jusqu’à la côte ouest où je redescendrai au sud vers Santiago (à moins que, avant Gijon, je prenne la diagonale sud-ouest vers Oviedo, sur la Camino Primitivo). Environ sept cents kilomètres donc en un mois, ce qui constitue une moyenne journalière très raisonnable, adaptée, je l’espère, à ma condition actuelle. Moment de rupture, j'espère que ce périple m’aidera à franchir un cap énergétique et que cette expérience fécondera à nouveau mon écriture ainsi que mes activités pédagogiques (d’autant plus que l’un de mes cours de l’an prochain portera sur les rapports de la marche et de la philosophie).

A bien des égards, ce moment de pèlerinage revêt donc pour moi une grande importance, tant le chemin peut, en faisant fonction de mise en abyme ou de métaphore, constituer l’une de ces expériences source d’évolution existentielle que tout moment critique est susceptible de proposer dans le cours d’une vie parsemée d’épreuves.

Cependant, même si je lui reste fidèle dans une large mesure, j’ai bien conscience que cette perception du chemin, mais aussi de l’existence - et plus particulièrement de mon itinéraire et situation personnels - en termes de régénération est tributaire de ce qui reste malgré tout une mythologie. Cette disposition tendancielle est sans doute elle-même liée à la fréquentation de l’Extrême-Orient et de ses pensées.

En fait, il est plus probable que le Chemin lui-même délivre un verdict inattendu. Impermanence des choses, « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ». De fait, le Chemin – son organisation, sa fréquentation - peut avoir changé, et j’ai moi-même évolué, bien sûr. « Le réel c’est ce qu’on n’attend pas », comme le disait le phénoménologue Henri Maldiney ; je sais bien qu’il me faut éviter de projeter des attentes inconsidérées et laisser advenir ce qui doit être. Ainsi, les rencontres - composante importante du pèlerinage - de mes précédents chemins furent riches et me sont très chères, mais elles ne présagent en rien de celles du chemin à venir.

Cependant, quoi qu’il en soit des bienfaits, vicissitudes et autres aléas du parcours, je sais aussi que s’ouvrent toujours à un moment donné du parcours les portes du Royaume ; se présentent alors ces sublimes aurores lumineuses, comme autant de rencontres nuptiales avec la nature, où le « je » du marcheur se dissolve en s’immergeant dans l’environnement et le corps  entre en résonnance symphonique avec les éléments. Expérience régénératrice s’il en est, ineffables moments de grâce qui, toujours, incitent le marcheur à revenir sur le chemin.

 

 

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commentaires

M
Celui-là a encore largement voix au chapitre:<br /> <br /> "Alors que les termes - horaires fixes, arrivée de l’étape... - passent à l’arrière-plan, le mouvement de la marche ouvre un chemin où se déploie le monde, tout en étant transformé par lui. Naturellement, le marcheur se situe dans « l’entre deux », et, fort de cette logique qualitative, il est amené à découvrir que la joie n’est pas au terme du chemin, mais dans le chemin lui-même. La marche participe d’un étirement de l’instant présent. Comme la poésie, elle éveille et sollicite la présence, et donc une pleine sensorialité, un rapport d'abord affectif au monde. Le paysage, en marchant, se révèle toujours à nous progressivement ; et il nous imprègne et nous transforme de façon toujours singulière. On peut ainsi parler d’une appropriation progressive, sensuelle et phénoménologique d'un paysage et d'un chemin qui se révèle alors en tant que tel dans une majestueuse épiphanie". Pascal COULON - Le lien à l'ére de l'individualisme.<br /> <br /> Alors, écoutez-le, et prenez bien soin de vous.
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TRANSMETTRE

La transmission de la philosophie et de l'esthétique est une chose difficile qui requiert la concentration de l'étudiant. Elle ne relève donc pas d'un discours démagogique ou sophistique dont la popularité médiatique n'a souvent d'égal que la pauvreté conceptuelle. Inversement, à l'attention des profanes, il ne peut s'agir non plus de procéder selon un discours élitiste, du type normalien. En ce qui me concerne, je dirais que mon but et ma profession de foi, que ce soit dans mes conférences, mes ateliers ou sur ce blog, c'est de tendre à rendre accessibles ces choses difficiles avec un minimum de déperdition conceptuelle.

 

 

 

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Penser la violence ; l'oeuvre de Girard

Paru en Mars 2018 chez HDiffusion, Penser la violence de Pascal Coulon. 20 euro dans toutes les "bonnes librairies"

 

 

La violence a fait au cours des deux derniers siècles l'objet d'une pléthore de recherches dans bien des domaines, et nombreux sont les livres qui ont traité de la question en lui apportant des réponses fécondes. Bien peu cependant l'ont abordée dans sa dimension génétique essentielle de violence fondatrice. Et, pour cause ! Penser que toutes les communautés humaines et l'ensemble des processus civilisateurs, avec leurs rites, leurs cultures, etc., trouvent leurs origines dans une violence radicale qui en constitue la fondation ne va pas de soi ! De ce point de vue, Freud semble bien avoir la paternité de l'idée fondamentale d'un meurtre initial, paradoxalement à la source de la civilisation, de la morale et de la religion. Mais ne s'agit-il pas d'un mythe ? La question de la violence ne requiert-elle pas plutôt une méthode indiciaire, s'appuyant sur des recherches et un matériau anthropologiques ? L'oeuvre de René Girard tend dans un effort continu, magistral et souvent solitaire à remonter contre vents et marées aux sources d'une violence à la fois effective, revenant périodiquement, fondatrice et génétique. Sans omettre les failles de la doctrine, l'auteur met clairement en évidence l'articulation des théories girardiennes, désir mimétique, victime émissaire, méconnaissance, et nous en découvre la fécondité pour penser notre époque. (4ème de couverture)

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LES GROUPES D'ENTRAIDE

Pascal Coulon, LES GROUPES D'ENTRAIDE

Une thérapie contemporaine

Psycho-Logiques
 

De nombreuses personnes trouvent dans les groupes d'entraide des ressources pour lutter contre leurs souffrances, se reconstruire psychologiquement et recréer du lien social. Quel est le véritable potentiel de ces groupes ? Quelles sont les origines de ces fraternités ? Quelles sont leurs valeurs ? Comment expliquer leur relative confidentialité et les résistances que ces groupes rencontrent en France ? Cet ouvrage met en lumière les polémiques qui opposent vainement la psychanalyse aux autres thérapeutiques de groupe face aux sujets addictés.


L'Harmattan, 22,50 euro
ISBN : 978-2-296-10844-8 • février 2010 • 226 pages

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