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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 18:53

 

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Le départ du chemin à l'aurore sur la via podensis, à partir de la cathédrale du Puy en Velay

 

Après de longs mois de silence sur le blog de Fraterphilo liés à un travail intense d’écriture et de remaniement de mes cours de philo et d’histoire de l’art, je profite d’un nouveau passage par les chemins de Compostelle pour entamer une série d’articles : 1 – sur le Chemin (ici même) ; 2 – sur les groupes d’entraide (peut-être) ; 3 – sur la nouvelle forme de mes ateliers (sans doute) ; 4 – sur mon livre concernant l’œuvre de René Girard (si ce livre est bien publié, comme je l’espère).

Je poursuis donc ici la réflexion sur le « Chemin des étoiles »  entamée précédemment dans la catégorie voyageur pélerin  de ce blog (en 2010 et en 2011). J’indiquais dans ces différents articles que la marche était propice à la méditation, que le Chemin permettait en ce sens de cultiver concrètement la présence ( Texte 2. Installer la présence ), je faisais un lien entre les sensations et sentiments ressentis lors de mes voyages en Inde et ceux éprouvés sur le Chemin ( Texte 3. Aurore ), et j’établissais une analogie entre le chemin et notre existence dès lors que le chemin peut être considéré comme un condensé ou une mise en abyme - sur le modèle des poupées russes - de notre vie ( Texte 4. LES POUPEES RUSSES (Russian dolls) ).

 

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Conques

 

Toutes ces thématiques, et notamment l’idée de présence, se sont de nouveau imposées à moi avec évidence, à chaque étape, à chaque pas des sentiers escarpés de l’Aubrac et du Lot, quand l’émerveillement me saisissait face à un paysage, sentiment que je cherchais à prolonger, à graver en moi pour être bien sûr de le retrouver plus tard. Mais j’entends plutôt m’attacher ici à ce que véhicule ce mot étrange, « ultréïa », entendu plusieurs fois pendant ce pèlerinage et lu ici ou là sur des pierres, des croix, des monuments au détour du chemin. Cette expression s’est progressivement immiscée en moi alors que j’effectuais courant avril la partie française la plus difficile du Chemin, mais aussi la plus belle à différents égards – celle qui, passant par ce haut-lieu du pèlerinage que constitue Conques, traverse la haute Loire, la Lozère et l’Aveyron, entre Le Puy en Velay et Figeac (pas loin de 300 kms).

 

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La Margeride

 

 « Ultréïa » signifie en latin « passer outre », aller plus loin, plus haut. C'est un cri de ralliement des pèlerins et l'expression du dépassement physique et spirituel. Ultreïa (du latin ultra – au-delà - et eia, interjection évoquant un déplacement) est une expression de joie du Moyen Âge, principalement liée au pèlerinage de Saint Jacques. Ce mot était associé à des chants médiévaux rapportés dans le Codex Calixtinus, le premier ouvrage et guide connu du pèlerinage vers le 10ème siècle. Plus récemment, ce cri est devenu le titre d'un chant contemporain, également connu sous le nom de «Chant des pèlerins de Compostelle» (voir plus bas), composé par Jean-Claude Benazet. Il se transmet encore aujourd'hui sur le chemin, notamment à l'abbaye de Conques.

Pour moi, pour nous, il signifiait clairement une invitation, voire une injonction à transcender. Ultréïa, c’est l’incitation à dépasser les douleurs, la fatigue, les souffrances et désagréments (ampoules, tendinites, crainte des punaises de lit !) de toute sorte qui font que le pèlerinage est certes une joie, mais que tout cela passe d’abord par une épreuve de soi, physique, morale et spirituelle. Ce fut d’autant plus vrai sur ce terrain difficile, aux dénivelés très éprouvants pour les muscles et les articulations (je reviens avec une tendinite rotulienne nécessitant soins et repos), et dans des conditions climatiques bien peu favorables : vent, pluie, froid, grêle, et neige. A cet égard, le passage de l’Aubrac sous une neige abondante fut un moment certes difficile, mais aussi absolument mythique, au sens où cela fait partie des moments de gloire du pèlerin.

 

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L'Aubrac vers 9h du matin le 09/04/2012

Difficultés, dangers et souffrances étaient au rendez-vous : difficile d’avancer quand chaque pas s’enfonce dans la neige et que l’on n’y voit de moins en moins ; inquiétant aussi, car l’on n’est jamais très sûr de retrouver le balisage du chemin, et, sans que cela ne fut réellement dit, il n’était plus question de laisser quelqu’un marcher seul car ce sont des enjeux vitaux qui émergaient. Mais la beauté était là aussi, le sentiment de vivre un moment exceptionnel dans un paysage extraordinaire, la fierté du dépassement de soi, l’épreuve partagée, et au final une grande joie. Je connais bien des pèlerins réguliers, passés plusieurs fois à cet endroit, qui auraient aimé avoir la « chance » de connaître cette situation.

 

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 A l'arrivée au village Aubrac, la joie d'avoir surmonté l'épreuve

 

La beauté du chemin, ce sont ces situations dans lesquelles le pèlerin se sent vivre intensément, dans cet effort pour aller puiser en soi des ressources inédites.

La beauté du chemin ce sont ces paysages magnifiques que l’on habite lentement au cours de la marche, et ces lieux mystérieux et chargés de symboles tels que Conques, le joyau, où le pèlerin se sent dépositaire d’une tradition ancestrale.

 

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Conques

 

La beauté du chemin ce sont ces rencontres formidables où en quelques jours des individus singuliers et inconnus les uns des autres, de culture, d’âge, de classe sociale, de langage différents forment groupe et acquièrent des mécanismes quasi familiaux les uns envers les autres. Une japonaise parlant deux mots de français et trois d'anglais joue dans la même cour qu'une belge, un canadien, des allemands ou des français. La beauté du chemin c’est cette capacité de retour à l’innocence, la naïveté de l’enfance, cette attitude d’accueil devant ce qui se présente et se joue ici et maintenant chaque jour.

En ce sens, « ultréïa » désigne aussi pour moi ce dépassement chez chacun d’entre nous de ce qui constitue notre périphérie – position sociale, religion, culture, langue, opinions, préjugés, voire spécificités de caractère. Ce dépassement, ce mouvement de transcendance qui s’opère dans cette marche commune où nous sommes reconduits au primitif, fait signe, au-delà de ces différences individuelles, vers ce qui constitue notre noyau et qui se situe au plus profond de chacun d’entre nous - tout en faisant paradoxalement notre humanité commune. Pèlerin sans affiliation religieuse particulière, respectueux du catholicisme mais de culture athée, la spiritualité se manifeste concrètement pour moi de cette manière, avec cette sorte de puissance supérieure que je n’éprouve pas la nécessité de caractériser plus avant. Quoi qu’il en soit, c’est sans doute ce sentiment commun d’avoir l’essentiel en partage qui est source de cette familiarité, de cette complicité qui s’instaure très vite entre pèlerins, de ce sentiment de fraternité et de solidarité toujours très émouvant.

 

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Figeac, 2012

 

A cet égard, la beauté du chemin, c’est aussi le fait que les moments et rencontres de tous les caminos sont toujours aussi forts. Cette magie des rencontres peut se produire entre des individus inconnus, qui ne sont liés par rien d'antérieur, des individus libres dont les relations ne sont grevées par aucun contentieux, ou qu'un attachement particulier conduirait à se replier sur la sphère privée, sur le connu, trop connu. Sans doute est-ce aussi la raison pour laquelle le camino est une affaire personnelle qu'il est préférable d'aborder de façon solitaire.

 

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2010, Burgos

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Santa Domingo de la Castalda, 2009

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2009, non loin de Burgos

     Les rencontres du premier camino sont toujours présentse en moi, gravése en mon coeur. Chacune de ces rencontres est aussi belle que l’autre ; elles sont incomparables en fait, l’une ne remplace pas l’autre, mais s’y ajoute comme une expérience qui ne cesse de se déployer. 

 

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2011, après Santiago, vers Fisterra

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Santiago de Compostella, 2011 

 

Le chant des pèlerins de Compostelle

Tous les matins nous prenons le chemin,
Tous les matins nous allons plus loin.
Jour après jour, St Jacques nous appelle,
C’est la voix de Compostelle.

Ultreïa ! Ultreïa ! E sus eia (ainsi soit-il)
Deus adjuva nos ! (que dieu nous aide)

Chemin de terre et chemin de Foi,
Voie millénaire de l’Europe,
La voie lactée de Charlemagne,
C’est le chemin de tous mes jacquets.

Ultreïa ! Ultreïa ! E sus eia
Deus adjuva nos !

Et tout là-bas au bout du continent,
Messire Jacques nous attend,
Depuis toujours son sourire fixe,
Le soleil qui meurt au Finistère.

Ultreïa ! Ultreïa ! E sus eia
Deus adjuva nos !

 

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La Vierge noire, en surplomb d'Espalion (avril 2012) 

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La transmission de la philosophie et de l'esthétique est une chose difficile qui requiert la concentration de l'étudiant. Elle ne relève donc pas d'un discours démagogique ou sophistique dont la popularité médiatique n'a souvent d'égal que la pauvreté conceptuelle. Inversement, à l'attention des profanes, il ne peut s'agir non plus de procéder selon un discours élitiste, du type normalien. En ce qui me concerne, je dirais que mon but et ma profession de foi, que ce soit dans mes conférences, mes ateliers ou sur ce blog, c'est de tendre à rendre accessibles ces choses difficiles avec un minimum de déperdition conceptuelle.

 

 

 

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Penser la violence ; l'oeuvre de Girard

Paru en Mars 2018 chez HDiffusion, Penser la violence de Pascal Coulon. 20 euro dans toutes les "bonnes librairies"

 

 

La violence a fait au cours des deux derniers siècles l'objet d'une pléthore de recherches dans bien des domaines, et nombreux sont les livres qui ont traité de la question en lui apportant des réponses fécondes. Bien peu cependant l'ont abordée dans sa dimension génétique essentielle de violence fondatrice. Et, pour cause ! Penser que toutes les communautés humaines et l'ensemble des processus civilisateurs, avec leurs rites, leurs cultures, etc., trouvent leurs origines dans une violence radicale qui en constitue la fondation ne va pas de soi ! De ce point de vue, Freud semble bien avoir la paternité de l'idée fondamentale d'un meurtre initial, paradoxalement à la source de la civilisation, de la morale et de la religion. Mais ne s'agit-il pas d'un mythe ? La question de la violence ne requiert-elle pas plutôt une méthode indiciaire, s'appuyant sur des recherches et un matériau anthropologiques ? L'oeuvre de René Girard tend dans un effort continu, magistral et souvent solitaire à remonter contre vents et marées aux sources d'une violence à la fois effective, revenant périodiquement, fondatrice et génétique. Sans omettre les failles de la doctrine, l'auteur met clairement en évidence l'articulation des théories girardiennes, désir mimétique, victime émissaire, méconnaissance, et nous en découvre la fécondité pour penser notre époque. (4ème de couverture)

Pages

LES GROUPES D'ENTRAIDE

Pascal Coulon, LES GROUPES D'ENTRAIDE

Une thérapie contemporaine

Psycho-Logiques
 

De nombreuses personnes trouvent dans les groupes d'entraide des ressources pour lutter contre leurs souffrances, se reconstruire psychologiquement et recréer du lien social. Quel est le véritable potentiel de ces groupes ? Quelles sont les origines de ces fraternités ? Quelles sont leurs valeurs ? Comment expliquer leur relative confidentialité et les résistances que ces groupes rencontrent en France ? Cet ouvrage met en lumière les polémiques qui opposent vainement la psychanalyse aux autres thérapeutiques de groupe face aux sujets addictés.


L'Harmattan, 22,50 euro
ISBN : 978-2-296-10844-8 • février 2010 • 226 pages

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