Ces quelques lignes du livre de l'écrivain voyageur Nicolas Bouvier, L'usage du monde, qui résonnent de façon particulièrement intense en moi, et qui me rappellent des sentiments que j'ai pu éprouver sur les routes de l'Inde, ou encore ces dernières années sur le Chemin.
Le narrateur évoque une nuit en Anatolie alors qu'il voyage vers l'Est dans une vieille voiture en compagnie du peintre Thierry Vernet
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"Adossé contre une colline, on regarde les étoiles, les mouvements vagues de la terre qui s'en va vers le Caucase, les yeux phosphorescents des renards. Le temps passe en thés brûlants, en propos rares, en cigarettes, puis l'aube se lève, s'étend, les cailles et les perdrix s'en mêlent... Et on s'empresse de couler cet instant souverain comme un corps mort au fond de sa mémoire, où on ira le rechercher un jour. On s'étire, on fait quelques pas, pesant moins d'un kilo, et le mot "bonheur" paraît bien maigre et particulier pour décrire ce qui vous arrive.
Finalement, ce qui constitue l'ossature de l'existence, ce n'est ni la famille, ni la carrière, ni ce que d'autres diront ou penseront de vous, mais quelques instants de cette nature, soulevés par une méditation plus sereine encore que celle de l'amour, et que la vie nous distribue avec une parcimonie à la mesure de notre faible coeur".



