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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 19:09

je retrouve avec plaisir mon blog et ses lecteurs pour publier, aujourd'hui et dans les semaines à venir, une série d'articles ayant pour teneur les "bonnes feuilles", des textes significatifs issus de différents chapitres d'un livre sur lequel je travaille depuis un an (mais avec un matériau qui m'est familier depuis très longtemps), et que j'espère achever - et publier - avant le printemps.

 

la thématique générale de ce livre, Le Lien à l'ère de l'individualisme, "La Chair du monde", est celle du lien - aussi bien celui horizontal qui nous attache aux autres hommes, que celui vertical qui nous met en connexion avec le cosmos. Il s'agit donc d'un sujet qui nous concerne tous à bien des égards en ce qu'il enveloppe différents plans - affectifs, sociaux, existentiels, cosmiques. En fait cette question apparaît prioritairement en passant par la négation ; elle nous touche bien souvent sur le mode de l'absence et d'une souffrance subséquente : manque de lien, sentiment de non appartenance à un Tout, de rupture avec la nature, perte de sens de notre action.  

L'approche de cet ouvrage est d'abord philosophique puisqu'elle consiste à prendre pour point de départ, comme moment fondateur, l'entrée dans la modernité (le 17ème siècle). En effet, c'est alors que, dans un même mouvement, le lien traditionnel se délite, mais que ce délitement suscite en retour différentes tentatives, des résistances et surtout des doctrines et des pratiques visant à le maintenir, ou plutôt à trouver une source vive permettant d'en recréer de nouvelles formes plus en adéquation avec ce qui devient l'individualisme des sociétés modernes.

Les Essais de ce livre traitent dès lors de sujets qui peuvent être très différents, et qui ne surprendront pas les lecteurs réguliers de ce blog. Cependant, qu'il s'agisse de l'esthétique et du rapport au cosmos des peintres des avant-gardes du 20ème siècle, du Romantisme, de la philosophie de William James ou de Bergson qui cherchent à ancrer la pensée dans le mouvement de la vie, ou encore de l'effort phénoménologique pour retrouver "la chair du monde", ils ont tous pour tropisme commun cette problématique de la quête d'un fonds originaire générateur de lien. C'est aussi le cas de pratiques qui engagent le corps comme l'art-thérapie, de disciplines dont je suis adepte depuis longtemps comme la marche de grande randonnée et des "techniques de soi" généralement originaires d'Extrême-Orient - toutes expériences source d'évolution existentielle dont il sera ici question. Le dernier chapitre portera enfin sur l'amour, ce qui est la moindre des choses quand on prétend aborder la question du lien.

 

Je précise en outre que les différents chapitres de ce livre me servent aussi de support pour des conférences de philosophie et d'histoire de l'art dans diverses universités Inter-Ages de Normandie durant l'année scolaire 2020-21.

 

Je publie aujourd'hui un texte court : la première partie du préambule du livre.

 

 

PREAMBULE

 

Deux situations

 

Première expérience :

 

Mon but était de passer la frontière espagnole en milieu de journée par le col pyrénéen du Somport. Mais, ce matin-là, la montée solitaire à travers les sous-bois était particulièrement difficile. Le froid matinal, l’humidité, le brouillard succédant à une pauvre nuit pluvieuse et l’effort de la marche me rendaient le chemin étranger, voire hostile. Plus profondément, enfermé en moi-même, cette montée faisait douloureusement écho à une solitude personnelle, plus insidieuse. Le cœur serré, une sombre tonalité affective enveloppait mes pas, source d’abyssales et définitives cogitations existentielles.

 

Pourtant, au fil des heures, la clarté du jour dévoilait le sentier de pierre et de terre qui s’élevait progressivement en résonnant à travers tout mon corps. Les arbres se faisant plus rares avec l’altitude, j’avais un accès toujours plus étendu au ciel et au sommet de la montagne. Sous mes pas, le chemin cotonneux baignait désormais dans une étrange lueur argentée. Sans disparaître totalement, mon sentiment initial se métamorphosait, et ma pensée, s’extrayant des mélancoliques brumes matutinales, s’éclaircissait. La marche chaotique avait doucement fait place à un rythme plus régulier et apaisant ; le vent, les rochers, les sources, les lueurs timides du soleil, les oiseaux devenaient autant d’interlocuteurs familiers, de signes amicaux sur le chemin. Alors que se dressait tout près le sommet du Somport, une sensation nouvelle avait monté en moi, baignant d’abord la tristesse de mon cœur d’une lueur douce-amère, à laquelle avait succédé un fugitif éclair de joie. J’atteignais le col et m’apprêtais à descendre sur le versant espagnol.

 

Tel Ulysse à quelques lieues d’Ithaque, le dehors étranger s’était transformé en un chez-soi. J’étais à ma place.

 

 

Seconde expérience :

 

Mes paroles avaient du sens, mon discours était cohérent, mais il ne semblait rencontrer aucun écho. Sensation étrange et déprimante de parler dans le vide pour un enseignant. Ce n’était pas vraiment lié à ma force de conviction – j’avais une foi raisonnable en ce que je racontais et je maîtrisais assez bien mon sujet ; ni à un déficit de travail préparatoire – une ou deux fois j’avais été assez échaudé par l’expérience du dilettantisme pour ne pas risquer d’y revenir. Non, malgré des efforts qui augmentaient désagréablement ma température corporelle, ce jour-là j’étais simplement dans une bulle solitaire, une sorte de monade leibnizienne sans portes ni fenêtres, privé de réel contact avec mes auditeurs.

 

 Quel fut, après de longues et pénibles minutes, l’élément transformateur, source d’un régime qualitatif supérieur ? Un mot, une formule, une phrase ? Une posture corporelle, un regard, un sourire, une inflexion de voix qui renforçait la teneur dramatique du discours ? L’ensemble de ces composantes, ou quelques-unes d’entre elles ? Sans doute ne le saurai-je jamais. Mais de toute évidence, un cap avait été franchi et la tonalité affective de la séance se modifiait insensiblement. J’accrochais désormais les regards et ressentais progressivement se propager la dimension énergétique de mon discours. Et plus je devenais moi-même sensible à l’écoute des participants, plus je prenais de la joie dans l’expression de mon propos. Cette puissance nouvelle se mêlait à celle des participants et me revenait sous forme de sourires, d’expressions de surprise, de questions, de réactions.

Plus je donnais, plus je recevais ; la distinction formelle conférencier/auditeurs s’était progressivement estompée pour une forme supérieure d’échange. La communication était établie.

 

Deux situations, donc, très différentes en apparence. La première concerne l’axe vertical de la relation des hommes aux éléments naturels ou cosmiques ; la seconde, l’axe horizontal de la relation des hommes entre eux.

Quelles que soient les différences susceptibles d’exister entre ces deux petites histoires, elles ont un point commun : dans les deux cas, je suis relié.

 

 

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La transmission de la philosophie et de l'esthétique est une chose difficile qui requiert la concentration de l'étudiant. Elle ne relève donc pas d'un discours démagogique ou sophistique dont la popularité médiatique n'a souvent d'égal que la pauvreté conceptuelle. Inversement, à l'attention des profanes, il ne peut s'agir non plus de procéder selon un discours élitiste, du type normalien. En ce qui me concerne, je dirais que mon but et ma profession de foi, que ce soit dans mes conférences, mes ateliers ou sur ce blog, c'est de tendre à rendre accessibles ces choses difficiles avec un minimum de déperdition conceptuelle.

 

 

 

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Penser la violence ; l'oeuvre de Girard

Paru en Mars 2018 chez HDiffusion, Penser la violence de Pascal Coulon. 20 euro dans toutes les "bonnes librairies"

 

 

La violence a fait au cours des deux derniers siècles l'objet d'une pléthore de recherches dans bien des domaines, et nombreux sont les livres qui ont traité de la question en lui apportant des réponses fécondes. Bien peu cependant l'ont abordée dans sa dimension génétique essentielle de violence fondatrice. Et, pour cause ! Penser que toutes les communautés humaines et l'ensemble des processus civilisateurs, avec leurs rites, leurs cultures, etc., trouvent leurs origines dans une violence radicale qui en constitue la fondation ne va pas de soi ! De ce point de vue, Freud semble bien avoir la paternité de l'idée fondamentale d'un meurtre initial, paradoxalement à la source de la civilisation, de la morale et de la religion. Mais ne s'agit-il pas d'un mythe ? La question de la violence ne requiert-elle pas plutôt une méthode indiciaire, s'appuyant sur des recherches et un matériau anthropologiques ? L'oeuvre de René Girard tend dans un effort continu, magistral et souvent solitaire à remonter contre vents et marées aux sources d'une violence à la fois effective, revenant périodiquement, fondatrice et génétique. Sans omettre les failles de la doctrine, l'auteur met clairement en évidence l'articulation des théories girardiennes, désir mimétique, victime émissaire, méconnaissance, et nous en découvre la fécondité pour penser notre époque. (4ème de couverture)

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LES GROUPES D'ENTRAIDE

Pascal Coulon, LES GROUPES D'ENTRAIDE

Une thérapie contemporaine

Psycho-Logiques
 

De nombreuses personnes trouvent dans les groupes d'entraide des ressources pour lutter contre leurs souffrances, se reconstruire psychologiquement et recréer du lien social. Quel est le véritable potentiel de ces groupes ? Quelles sont les origines de ces fraternités ? Quelles sont leurs valeurs ? Comment expliquer leur relative confidentialité et les résistances que ces groupes rencontrent en France ? Cet ouvrage met en lumière les polémiques qui opposent vainement la psychanalyse aux autres thérapeutiques de groupe face aux sujets addictés.


L'Harmattan, 22,50 euro
ISBN : 978-2-296-10844-8 • février 2010 • 226 pages

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